Ville, dessin Yoshikawa 2002

Nouvelle de Christian Pose

LA NEBULEUSE HISTOIRE DE
SHIGETOSHI ISHIDA






Un BigEye le fixait, un thon gros comme une barque. Ses yeux ronds sans expression étaient recouverts d'une épaisse gelée. Shigetoshi Ishida hallucinait. Il suait. Son front, son cou, sa poitrine, son ventre, ses cuisses puaient comme du poisson abandonné sur un marché. Malgré l'air brûlant de la cellule, le thermomètre passait les 40, il était frigorifié.Ce n'était pourtant pas la première fois. Seulement, ces gros yeux cons comme des yeux de communistes, c’était effrayant.

Wataru Tosaka, commissaire principal, irréprochable, sans doute par excès de courtoisie, n'avait pas jugé bon se déplacer. Il avait été mis en place par Shintaro Honma, ex-gouverneur de la préfecture, et Toru Ishii, ex-maire de Sendaï, arrêtés pour faux en écriture, délits d'initié, corruption durant la campagne anti-corruption de 1992-1994. Une campagne qui avait frappé les préfectures, les municipalités, le gouvernement puis la construction publique (arrestations pour corruption de Kishiro Nakamura, ex-ministre de la construction, de Shin Kanemaru, parrain de la vie publique, 1993, affaire Sagawa Kyubin, 1991), les frais généraux -frais de bouche (shokuryohi) et voyages imaginaires (kara shutcho). 10 000 fonctionnaires du gouvernement et 20 000 employés préfectoraux avaient eté blâmés et contraints de rembourser. Les "préfectoraux" avaient dû débourser 30 milliards de yens.

Les avocats et les hommes de main de Shigetoshi Ishida allaient donc mettre la pression. Un type de pression qui avait envoyé derrière les barreaux les ex-premier ministres Noboru Takeshita, Yasuhiro Nakasone, entaché la réputation de sociétés comme NTT, Nippon Steel, Industrial Bank of Japan, Nissan Motor ou celle de journaux comme Yomiuri, Nihon Keizai : argent blanchi, actions sales, terrains bradés, constructions illégales, services illicites (moratoires, pourcentages sur les contrats publics, détournements de fonds publics, fausses comptabilités), en cas de refus, chantage et coups, assassinats.
Attendre dans la position de Shigetoshi Ishida n'était pas un vrai problème même avec un oeil de thon géant recouvert de gelée et des communistes révolutionnaires aux trousses.... Diriger dix-sept mille salariés depuis la prison, au regard de l'éthique, n'était pas non plus un problème. Quand on était un goy fou le monde et les lois étaient des concepts abstraits sans rapport avec les êtres réels. Shigetoshi Ishida était donc un chef douteux à l'image d'Hiromasa Ezoe responsable du scandale Recruit-Cosmos impliquant dans un réseau de corruption les ministres Takeshita, Nakasone, 200 membres du gouvernement, quarante parlementaires, le parti Komeito, le parti socialiste, le parti démocratique (1988-1989) ou encore à l'image de Shoichi Osada, banquier-corrupteur, entremetteur bien connu de Castro, Battle, Pinochet, Menem, Chirac.
Ishida comme la plupart des "gros" était combattu par les syndicats, les ONG altermondialistes, les socialistes, les communistes anti-guerre mais craint certains disaient pas moins que les oyabuns Susumu Ishii, Kodama Yoshio, Heo Young-jong, parfois aimé par les ultraconservateurs et les libéraux à la tête des villes, des préfectures, de la diète même. Certains députés et ministres lui devaient tout. Les mauvaises langues évoquaient Daizo Nozawa, ministre de la justice et Yoshiyuki Kamei, ministre de l'Agriculture, des Forêts et des Pêches. Il suffisait donc d'attendre. Ishida, président de Shigetoshi Ishida Co., Ltd. était un patron, un très gros patron...





La télévison annonçait le douzième typhon de l'année. "...Con de Saito Masao, marmonna Ishida, ... plages noyées, rivières en crue, glissements de terrains, effondrements d'immeubles, disparitions, maisons arrachées, pays déchiré, qui reconstruira sinon les capitalistes...Con de Saito Masao...Avec tout ce communisme, pensa-t-il en allumant une Fine T., on ne peut pas laisser faire...".
Le communisme pour qui n'en voulait pas était aussi intolérable que l'attente d'une dose quand on était cocaïnomane. Shigetoshi Ishida, "le gros", ex-sumotori, était non seulement un anti-communiste convaincu mais également un cocaïnomane. Pour l'heure il écrasait son minuscule portable, appelait à droite, à gauche tout en soulevant nerveusement les pans de son kimono.Il se déterminait, en fait, à concevoir la seconde phase du plan qui permettrait de coincer cet abruti...

Hors la prison les marxistes et les communistes couraient libres comme les démons du kabuki. Ils envahissaient le Japon, la Chine, l'Inde, la Russie, l'Allemagne, la France, l'Angleterre, l'Italie, les Etats-Unis, l'Espagne, le Brésil, le Mexique, l'Uruguay, l'Argentine, le Chili... A un point tel que l'on (le pays) avait du s'en remettre aux spécialistes de la guerre asymétrique formés par Donald Rumsfeld, la National Defense University de Fort MacNair (N.D.U.), le Pentagone et le renseignement militaire. Les champions étaient placés aux postes clés de la politique, des affaires et de la défense, notamment à la division renseignement du bureau politique.Ils avaient pour mission de rendre compatible la démocratie et le développement économique autoritaire dans un contexte de concurrence industrielle militarisé et de guerre contre le terrorisme.Ils avaient en main des rayons laser, des satellites furtifs, des ordinateurs numériques, des bombes, des missiles, des B52 et des hommes à cheval (jieitai).

Pour ancrer définitivement le pouvoir de perforation militaire des multinationales Shigetoshi Ishida avait également choisi une stratégie de guerre asymétrique : crimes, incitations à la faillite, vols des matières premières, détournements des lois anti-trust, émissions illicites d'actions, fixations illégales de prix, vols de renseignements, surveillance militaire....Il avait du reste versé une lourde contribution pour que la toute récente fusée H-2A déploie correctement ses satellites espions et que les opérations américaines de cryptologie de Misawa (Miyagi-ken, écoutes clandestines des satellites russes et chinois) donnent de bons résultats. La lutte contre la "vermine rouge"( la répression des oppositions civiles et politiques au libéralisme, à l'Etat politique) tout comme le quadrillage militaire de la mer d'Okhotsk (au nord) par la marine et la chasse japonaise étaient, selon lui, justifiés.

Afin d'échapper au péril rouge il s'était laissé enfermer pour meurtre mais prisonnier d'un si minuscule espace l'hypertension de l'ultra-conservateur lui jouait des tours.Il hallucinait, instable, allait et venait, trainant sa masse de lutteur.
Il pensait sans cesse comme un rappel "...à ton âge, voyons...à ton âge, voyons...à ton âge, voyons...".
Il imaginait les trombes d'eau polluées qui bientôt noieraient les plages publiques, les tonnes de poissons morts. Il avait du reste équipé son port privé d'une station de filtrage, d'une digue militaire et, plus au large, d'un briseur de lames de fonds expérimental.
Toutefois les pavillons d'été, les étangs aux carpes légendaires (koi), les arbres du vieux moine Daiun seraient déchirés par le vent. L'équipe de voyants qu'il entretenait par superstition devrait accomplir, puisqu'il était question d'argent, un miracle bouddhiste.

Attentif au moindre bruit Hishida perçevait le sifflement continu du vent. Un mur mal fait que le mur de cette prison.Ishida aimait les murs mal faits.L'imperfection stimulait sa haine et débauchait son génie. Les démons de la cellule enfumée dansaient dans une pâle lueur. Du tabac incandescent brûlait...
Il songeait à la vulnérabilité des voiles du Gods of Wind and Thunder. Un navire armé pour la pêche à la morue dans l'Atlantique Nord, baptisé au milieu de l'océan et qui portait pour sa cinquième vie le nom de l'oeuvre furieuse, grimacante, parfois obsédante de Tawaraya Sôtatsu. Un hommage qui avait rapporté 1000 millions de yens de dons au Musée de Tokyo d'Ueno et propulsé une nouvelle fois "le généreux donateur Ishida" à la une des gazettes gouvernementales.

Comme tous les goys fous multimilliardaires Shigetoshi Ishida n'avait aucun goût pour l'art.Il se contentait d'acquérir, légalement ou non, de produire inlassablement tout en haïssant les obstacles. Quand il ne haïssait pas il éprouvait le besoin vital de disparaître. La vie étant insupportable.
Le Musée de Tokyo d'Ueno était une nécropole idéale qu'il achetait par tranche. L'immensité dépouillée des salles obscures reposait sur un rapport d'échelle qui lui donnait malgré une stature de lutteur de foire la silhouette d'une vierge rebelle. Là il se livrait seul à d'étranges rituels à base de poudre, de positions et de caresses obscènes au milieu d'ossuaires, de divinités nues devenues la propriété exclusive de charlatans professionnels.L'oyabun se sentait mieux quand il sombrait dans le coma de l'initiation.
Du fond de sa cellule il se rappelait Sotchi, la mer noire, la résidence d'été du président Poutine... Hitoshi Noda, le directeur de la prison, l'aiderait bientôt à disparaître dans cet océan noir, sous un ciel noir, furieux, grimacant, obsédant, à la mode des goys fous... infini, anti-communiste, violent, académique.

De loin, donc, le Japon contemporain paraissait le monumental trois mâts goélette de Shigetoshi Ishida flanqué dans le célèbre tableau de Tawaraya Sôtetsu entre le dieu furieux du vent à droite et le dieu grimacant du tonnerre à gauche.
Au loin, entre les dieux, si l'on regardait bien, il y avait les bateaux des goys fous, l'océan noir, le ciel noir et les minuscules bateaux de la petite pêche côtière. Parfois il y avait les énormes navires de la pêche hauturière. Mais là, ce n'était plus de l'art national. C'était l'oeuvre de Shigetoshi Ishida.
Si l'on disait souvent que l'océan pacifique était un dieu et que le vent et le tonnerre étaient deux autres dieux ceux de la grande pêche, du marché national au poisson, de la construction navale, de l'armement civil et militaire étaient des dieux-démons soumis par Shigetoshi Ishida... Ces derniers maîtrisaient les marchés nationaux et estimaient à l'affût, au dixième d'hectopascal près, ce que le vent serait en mer et au yen près ce que rendrait la pêche dans chaque port. Les capitaines corrompus traitaient directement avec les créatures malveillantes y compris pour la composition des équipes de nuit. C'était une stratégie à long terme... Les petits, faiblesses du monde, étaient jetés en pâture aux gardiens du grand capital.

Shigetoshi Ishida pesait chaque jour le poids des offrandes. C'était à lui qu'incombait la charge, au nom de l'empire, d'éventrer les revenus, les bénéfices, les crédits, les épargnes de chacun.Il jouait avec son boulier chinois d'une main et de l'autre tirait sur les cordons de la bourse jusqu'à ce que la vermine ouvrière se brise et disparaisse dans les remous des faillites, du doute, de la misère.
Shigetoshi Ishida vivait de la normalisation de la surproduction-consommation mondiale et remportait des victoires décisives sur le marché de la vente de poisson en gros, le droit au travail en mer (les pêcheurs et les ouvriers de la mer devant vivre dans un monde pré-moderne) et le communisme.
Il cherchait également à écraser Saito Masao, son ennemi d'enfance, syndicaliste de la pêche côtière réputé pour ses coups de gueules nationaux et ses discours fleuves au parti.





Comme des centaines de patrons, 138 à Osaka, 147 à Aichi, 67 à Tokyo, Shigetoshi Ishida avait rechigné à payer les heures supplémentaires de travail forcé mais les actions syndicales locales de Saito Masao pour le sauvetage de la pêche démocratique et les luttes nationales conduites par le célèbre Kiyoshi Tosaka avaient si bien nourri la contestation que le patronat d'Osaka avait été contraint de verser 400 millions de yens d'heures de travail forcé impayé à 3000 ouvriers lésés, qu' Aichi avait du verser 500 millions de yens à près de 6000 ouvriers et que Tokyo avait du reconnaître un manquement de près d'un milliard et demi de yens...

La dérégulation des marchés et l'effondrement de l'organisation du travail dus à la politique ultralibérale du 1er ministre Koizumi, de Sadakazu Tanigaki (ministre des finances), de Takenaka Heizo (conseiller pour les fallites) pilonnait les ouvriers en masse.
La consigne gouvernementale était de ne pas payer, de ne jamais dédommager, de vendre à perte, de sauver le capitalisme, à tout prix.....
Le droit au travail ouvrier sombrait. Sombraient les petits épargnants, les unions (shinso) et les associations régionales de crédit (shinkin banks) sans lesquelles la petite pêche, la vie paysanne et la micro-entreprise ne pouvaient survivre.

Pour Shigetoshi Ishida la percée du libéralisme transnational dans les affaires (privées et publiques) avait été plus qu'une école.
Elle lui avait permis sous le vernis de la croissance de se nourrir du pourrissement généralisé, des banqueroutes, de racheter ce qui s'effondrait.Shigetoshi Ishida avait fait corps à la sur-taxation des petites et moyennes entreprises, à la fuite des capitaux, à l'anarchie spéculative, aux prêts irrecouvrables, à la surproduction, aux crises des major-banks, aux fusions titanesques, aux faveurs et aux grâces gouvernementales accordées aux sociétés amies. Il avait fait corps à la braderie des intérêts nationaux en parasitant les structures peu adaptées aux réformes et en détournant les lois...
Shigetoshi Ishida avait bel et bien vécu de l'économie des faillites, de la corruption et du crime, assise tripode des programmes internationaux du FMI, de l'OMC, de la Banque Mondiale, de la Réserve Fédérale américaine dans les pays livrés au pillage.
Cela dit l'épargne des classes moyennes japonaises était de nouveau dans ce contexte de crise et de vide juridique pour le réglement des crimes financiers à la merci des programmes gouvernementaux de relance par les grands projets nationaux, à la merci d'un projet historique de privatisation...

Shigetoshi Ishida surfait sur un ciel d'or aux côtés des multinationales et des banques qui avaient juré la mort de l'Etat.
Les dieux-démons s'attaquaient stratégiquement à la monnaie mais aussi à l'enrichissement des masses, des entrepreneurs, des spéculateurs comme l'avait fait Rothschild en Europe en s'imposant aux banques centrales et aux Etats-Unis en stimulant l'idéologie du transfert des compétances publiques (Trésor et Congrès) à la corporation des banquiers privés de la Federal Reserve Bank (1913).
Cette main basse sur la régulation de la politique monétaire américaine, l'or, les marchés boursiers, les taux d'intérêts par Rockefeller, Morgan, Lazard frères, Warburg, Goldman Sachs, Lehman Brothers, Kuhn-Loeb, Schoellkopf avait permis d'afficher une évidente représentation de la banque de commerce familiale à la Maison Blanche, au Trésor et au Congrès.
En fait les multimilliardaires de la côte Est avaient suffisamment d'influence et d'entregent pour fixer en coulisse le pas des activités et des crises généralement là où paraissaient sensibles les défaillances; il avait été mis au point une stratégie globale de la crise locale, un plan de conquête du monde par l'invasion des zones les plus affectées socialement.

Par capilarité ou osmose les banques et les sociétés japonaises, côtées ou non, étaient parvenues elles aussi à échapper aux lois -ou à exploiter cyniquement après faillites ou saisies les mesures d'urgence pour la reconstruction (loi de la Banque du Japon, art. 38).
Beaucoup échappaient aux contrôles gouvernementaux (Financial Intelligence Unit, Financial Reconstruction Commission, Financial Reconstruction Administration, Financial Supervisory Agency) n'hésitant pas à engager un pas de deux avec le crime organisé.
Les banques, les sociétés multinationales inaccessibles aux OPA, irrachetables répondaient au système bancaire corporatiste historique, à l'appel des intérêts contradictoires américains. Elles étaient en mesure d'autoriser ou de refuser l'accès des japonais à la fortune. Elles maîtrisaient le temps de l'enrichissement nécessaire à la gestation de l'idéologie politique et juridique des zones de libre-échange.
Elles étaient en fait absorbées inéxorablement par le trou noir des affaires criminelles formaté dès la fin de la seconde guerre mondiale par les envahisseurs américains.

"Les classes moyennes et les PME sont trop riches pour que les grandes compagnies soient en mesure d'accroître leur monopole, dira un jour le baron Kazuo Toaka lors d'une session extraordinaire du board du Keidanren (fédération patronale). Pour que cet accroissement se réalise il faudra effondrer le yen et racheter le marché à un prix dérisoire.
Le Marché Unique Asiatique après ou non une quelconque guerre avec la Chine ou la Corée du nord est à ce prix..."

L'information cataclysmique divulguée par le Sankei Shibum avait soulevé un vent de panique sur une économie déjà secouée par un flôt de faillites.
La Chambre de Commerce et d'Industrie du Japon, la Fédération Centrale des Sociétés de Commerce et d'Industrie, la Fédération Nationale des Petites Associations d'Entreprises et la Fédération Japonaise des Associations pour le Développement du Commerce de District avaient récolté près de cinq millions de signatures et rappelé à l'ordre le gouvernement ...

Takenaka Heizo, conseiller spécial pour les faillites, dira cependant :"puisque la Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong, l’Inde, l'Asie du Sud-Est, la Russie, demain la Corée réunifiée et la Chine communiste fonctionnent déjà sur une base stratégique de marché global le Japon ne suivra pas une autre stratégie".





"Les riches font l'amour en mer!"
C'était une expression du pilote Tanaka de la coopérative "Les Amis du Peuple et de la Mer". Elle signifiait que pour les riches tout allait toujours très bien, qu'un bateau de riche était un lit pour faire l'amour et que l'océan, le vent et le tonnerre paraissaient en ce début du XXIème siècle de leur côté.
Au delà du 38ème degré de latitude nord les pêcheurs pauvres des coopératives filaient le homard, l'ormeau, le maquereau, le pétoncle, le pilchard, l'aiguille de mer, le crabe araignée, la pieuvre, l'encornet parfois la roussette, le lieu, le cardeau, le chinchard et des miettes de thon avec une batterie de vieux filets ou de casiers et souvent ramenaient quand ça allait mal, et tout allait toujours très mal, les filets et les casiers vides.
L'on partageait les bénéfices et des droits selon une loi unique pour presque rien. La venue des capitalistes américains dans les affaires, l'expansion anarchique de l'hôtellerie, du tourisme, de la plaisance, de la pêche industrielle en haute mer conduisaient de nouveau les coopératives sur la voie de la guerre contre l'impérialisme et le militarisme d'avant 1946.
"Peu importe les licences, les concessions, que l'on ait accès aux zones de pêche ou non, que l'érosion côtière nous soit favorable ou non, disait le pilote Tanaka, si les coopératives ne font plus vivre, il faut partir...Vive l'industrie !".

A l'autre bout de la chaîne alimentaire les aquarellistes shintoistes, les calligraphes bouddistes, les affichistes publicitaires, les artistes-graphistes au service des compagnies de la pêche industrielle ne finissaient plus de lécher l'esthétique politique, la mystique éculée du nationalisme insulaire et du satori. L'éveil de la conscience nationale des gros consommateurs de thon et des capitalistes reposait sur l'abondance de soi, de la mer et de la terre, soi étant toujours réjouit dans l'abondance.
Dans le monde de la perception globale le poisson sautait avec enthousiasme dans les soutes des navires de guerre et le riz se récoltait sans effort à la pelleteuse. La normalisation de la pêche, du stockage, des importations, moulait l'aggressivité du marché unique asiatique en enterrant définitivement les petits producteurs.
L'enthousiasme publicitaire des hommes, des femmes et des enfants pour le travail forcé impayé sédimentait le processus.
Après avoir tourné le dos à l'éthique, à la poésie militante et accepté de servir le principe de l'abondance industrielle pour tous les artistes enrichis et leurs disciples s'étaient piqués de peindre des bateaux de goys fous. Une période esthétique capitaliste, romantique, élitiste, ésotérique puisqu'il s'agissait de complaisance et de maquillage qui faisait suite à celle des classes moyennes révolutionnaires obsédées par l'écoulement de la surproduction de 4x4 Toyota Tacoma, de W.C. bioanalyseurs Toto, de portables ThinkPadT42 IBM ("Think", maxime collaborationniste d'IBM-monde en 1942), d'abonnements i-mode NTT DoCoMo.
La flotte des goys fous qui incluait les chalutiers relookés loués 100 000$ la semaine pour la plaisance naviguait immortelle aux côtés de la flotte de la petite pêche côtière au large des îles de Matsushima ou dans la baie de Setonaïkaï; des micro-bateaux dont on ne savait jamais s'ils rentraient les filets et les casiers pleins.

Sous le ciel gris de Tokyo les sociétés d'armateurs, d'import-export, de grossistes de Tsukiji (milliardaires en dollars) étaient soutenues par Yoshiyuki Kamei, ministre national-militariste de l'Agriculture, des Forêts et des Pêches ainsi que par un bataillon de chercheurs néocons et néolibéraux des universités privées, des centres nationaux de recherche sur la pêche industrielle, la technologie, l'information et le management maritimes.
L'on avait même fait appel à la propagande patriotique traditionnelle (hinomaru-drapeau et kimigayo-hymne) pour hisser les institutions au niveau des exigences de la globalisation :
"il faut normaliser la production-consommation de l'ère Heisei (1989,...) avec la probité, la compétence et l'audace militariste pré-1936 (sphère de co-prospérité asiatique),
"il faut évoluer conformément aux souhaits de l'empereur Hirohito émis au congrès des écrivains de 1963, revenir à la culture des formes juridiques préétablies (kata),
"il faut agir conformément aux souhaits formulés en 2004 par le premier ministre Junichiro Koizumi, répandre le modèle politique, administratif, commercial, alimentaire et sanitaire japonais au reste de l'Asie."





"Il y a dix ans, dira Saito Masao (qui pêchait en indépendant sous licence gouvernementale sur une zone relevant de l'autorité des préfectures de Fukushima et de Miyagi, nord-est) le prix du baril de pétrole était à 5$ aujourd'hui il est à 50$ ! Les droits démocratiques sont dévorés par les lois d'urgence (yûji hôsei).Expropriations, réquisitions : terres, récoltes, maisons, voitures, bateaux, pêches, avions, radios... travailleurs !
"Les dockers, les caristes, les ouvriers portuaires, le Zenkowan, la zone Asie-Pacifique se soulèvent : "non au Jietaï, à l'Irak, aux réquisitions!"
"Les cheminots de Doro-Chiba, du Kokuro, du Zendoro tournent le dos aux directions nationales et disent non aux privatisations, au nationalisme, à la guerre, à la xénophobie!
"Les patrons virent les Rouges ? Les cheminots s'opposent au transport de kérosène des avions militaires!
"Les métallos se soulèvent :"non à l'armement, aux licenciements, à la réquisition du travail par l'Etat!
"Les anciens de Sanrizuka se soulèvent :"non au travail forcé, aux avions pour l'Irak, aux constructions de nouveaux aéroports militaires. Non à la guerre!"
"Trois camarades sont en prison depuis 75 jours pour avoir distribué des tracts et des affiches anti-guerre dans une cité militaire. L'incitation à la désertion est une trahison!"

"Ces dix dernières années nous avons lutté pour internationaliser notre action.Ce qui se passe dans les préfectures de Miyagi, Fukushima, Tokyo, Osaka, Shizuoka a désormais des répercutions internationales.
"C'est une erreur de croire que nous sommes seuls, ici, avec nos chaluts et nos dettes.
"Nous tissons des liens de réciprocité avec les marins pêcheurs américains de la Côte-ouest, les Unions Maritimes australiennes et néozélandaises, l'Union Chinoise des Marins Pêcheurs, le Syndicat Coréen des Pêcheries, la Fédération Taiwanaise des Dockers ...
"Nous combattons afin de réhabiliter nos droits. Le pétrole flambe, les major-banks fusionnent, les entreprises tombent en faillite, le crédit régional s'effondre.
"La bourse ment ? la bourse ment. Le gouvernement ment ? Le gouvernement ment. Ce qui ne ment pas, c'est notre droit démocratique acquis écrasé en une nuit par le vote des lois d'urgence.
"Des milliers d'avocats (organisations militantes JALISA, JALANA, JLF, JDLA...) pressent la justice mondiale, les gouvernements, les partis, les capitalistes...
"Pour un capitaliste le droit et les lois valent ce que vaut le pétrole à la vente en Arabie Saoudite, au Koweit, à Bahreïn, au Qatar : 50$ le baril!
"Le viol de la constitution vaut 50$ le baril!
"L'article 9 valait 5$ le baril en 1994. Il vaut aujourd'hui 50$ le baril!
"Le club mondial des pétroliers a fixé la destruction des avantages sociaux et du droit au travail libre à 50$ le baril!
"Les patrons disent que le pétrole grimpera à 80$, peut être à 100$ !
C'est le prix du progrès mondial, de la sécurité globale, de la société post-civile.
Mais qu'est-ce qu'un post-civil ? Qu'est-ce qu'un post-humain ? Ce que le vote des lois d'urgence vaut, 50$ le baril!

" Hier nos camarades Ishiwatari, Hara, Ishiguro ont été tués par la stratégie post-humaniste... .
"Des dizaines de camarades meurent chaque jour : Corée! Inde! Thailande! Vietnam! Indonésie! Birmanie! Russie !
"Qui osera dire à son fils : "tu n'as aucun droit!".
"Qui abandonnera ses filets aux armées ?
"Hier, nous, orphelins de la guerre avions faim et mourrions par milliers dans les rues, parmi les criminels, les voleurs, les vagabonds.
"Nous avions de drôles de jeu, souvenez-vous : "panpan asobi !" (jeu des enfants de 1946 qui consistait à mimer le GI et la prostituée japonaise), "yamiichi-gokko !" (jeu qui consistait à simuler le marché noir)... "demo asobi!" (jeu qui consistait à mimer les politiciens et les orateurs de gauche)..."

La petite pêche côtière prenait l'océan du progrès industriel par le travers...
Les pêcheurs n'étaient plus en mesure de payer le fuel, l'entretien des moteurs et des bateaux, les crédits, les assurances, sans parler des cotisations sociales et des retraites.
L'on parlait pourtant de 500 milliards de yens de chiffre d'affaire par an, près de 2 milliards de yens par jour pour le seul marché au poisson de Tsukiji. Tsukiji assurait 90% de la vente en gros au Japon. Tsukiji, disait la presse patriotique, était l'un des plus importants marchés au monde par le volume des affaires.
En fait, la pêche industrielle et les grossistes dissimulaient les choix de stratégie. Une tactique qui trompait comme la guerre irakienne, l'OPEP, les princes saoudiens, Washington, Tokyo, la constitution... Les pauvres couraient à l'usure du crime organisé et au désastre alimentaire.

La politique libérale des grossistes nationaux et des pêcheurs industriels qui consistait à appliquer les moyens de la concurrence et les lois du marché à l'organisation sociale fracturée des petits producteurs était en fait beaucoup plus perverse.
Les grossistes géants comme Tohto Suisan Kabshiki Kaisha, Daiichi Gyorui Co., Ltd., Chuogyorui Co., Ltd., Shigetoshi Ishida Co., Ltd. avaient ouvert leurs capitaux à des actionnaires comme Tokyo Mitsubishi Bank, Mizuho Bank, Sumitomo Mitsui Bank, Mituisumitomo Bank, 77 Bank...
Des banques acquises au développement du marché unique asiatique et au règne des "géantes mères" sur les marchés financiers planétaires. Des banques irrachetables telles que Mizuho Financials, Tokyo Mitsubishi, Citigroup, Bank of America, J.P. Morgan-Chase Manhattan, HSBC, Lloyds TSB, Royal Bank of Scotland, UBS, Crédit Suisse, affichant une capitalisation minimale de 50 milliards de $.

Les familles traditionnalistes de la banque japonaise (incluant le clan des gouverneurs, des vice-présidents et des présidents de la Banque du Japon) partenaires actifs de la vente de poisson en gros au XXIème siècle avaient tissé des liens souverains durant les ères Meiji (1868-1912), Taisho (1912-1926) et les trente premières années de l'ère Showa (1926,1955) avec les banques familiales de commerce américaines.
Cette sédimentation s'é produite sur les couches argileuses du Kokuritsu Ginko Jorei (National Bank Regulation calqué sur l'American National Bank) et du Shihei Joreï (Paper Currency Regulation calqué sur l'US National Currency Act de 1863).
Shigetoshi Ishida, les capitalistes japonais, les économistes et les idéologues politiques de l'impérialisme, du fascisme, du nazisme devaient beaucoup à ces alliances historiques basées sur le gigantisme de l'exploitation des ressources naturelles et le contrôle régional des failles sociales.
Un objet économique familial patiné issu de l'immigration européenne capable d'illusionner l'imagination philanthropique des classes dominantes américaines et d'accélérer le pourrissement du droit au travail libre, du syndicalisme ouvrier, du socialisme, du communisme.

Le capitalisme familial cénozoïque américain avait produit des institutions bancaires commerciales privées. Des "maisons" qui comme Schiff, Morgan, Rockefeller, Dillon, Warburg, Rothschild avaient cherché et cherchaient encore à établir une suprématie absolue sur les mouvements sociaux, les mouvements pour l'indépendance nationale, les modes de production.
L'absorption du mode de production capitaliste avait conduit les formes politiques de domination des nouveaux systèmes à l'autoritarisme (Amérique Latine, Asie, Afrique). Un autoritarisme dont l'Etat industriel était l'agent idéal.






BREVE STRATIGRAPHIE DE L'INFLUENCE DU CAPITALISME CENOZOIQUE AMERICAIN SUR L'ECONOMIE CAPITALISTE JAPONAISE, 1904-1946


J. H. Schiff de Kuhn, Loeb & Co. souscrira en réponse à l'antisemitisme de la russie tsariste à l'emprunt du gouvernement japonais pour la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Il soutiendra la politique monétaire et commerciale internationaliste de Korekiyo Takahashi, vice-président de Bank of Japan. Schiff sera l'un des principaux protagonistes de l'affaire du "manshu jyûkôgyô" de Yoshisuka Ayakawa, concepteur de la plateforme stratégique du militarisme impérial, du crime organisé et du totalitarisme industriel en Mandchourie (Manchukuo fictif) et en Chine du Nord.

J. P. Morgan de J.P. Morgan & Co. auteur d'un prêt de 150 millions de $ pour la reconstruction de Tokyo après le tremblement de terre du Kanto de 1923 sera l'un des principaux scénaristes du partenariat américano-japonais General Electric-Shibura Electric Works. J.P. Morgan reconnaitra l'existence légale de l'Etat militaire industriel totalitaire du Manchukuo fictif de 1931 à la fin du protectorat japonais en 1945.

J. D. Rockefeller de National City Bank of New York et de Chase Manhattan Bank sera l'un des plus célèbres partenaires d'US Steel, de Bethlehem Steel, de Guaranty Trust Bank, d'American Armament Corporation of New York dans l'affaire du Manchukuo fictif. J.D.Rockefeller reconnaitra l'existence légale de l'Etat industriel totalitaire Manchukuo fictif, reconnu également par les puissances de l'Axe, l'Espagne, la Thailande et Vatican.
J.D. Rockefeller et la Fondation philanthropique Rockefeller financeront par ailleurs dès 1900 le programme de recherche sur l'eugénisme, la stérilisation et l'euthanasie des tarés héréditaires du Cold Harbor Spring Laboratory de Long Island (USA). Un programme qui inspirera la législation de l'empereur Meiji sur l'internement forcé et la stérilisation des lépreux (1900-1907) et dès 1909 l'Institut de Psychiatrie du Kaizer Wilhem Institute for Anthropology de Berlin également financé par la Fondation Rockefeller; un institut annimé durant les années 1926, 1932, 1934 par les chercheurs nazis Ernst Rudin, Otmar Freiherr von Verschuer, Josef Mengele. Durant l'année 1934 le programme nazi de stérilisation des tarés héréditaires sera appliqué à 5000 personnes chaque mois. La stérilisation conduira à l'euthanasie des malades mentaux, des vieillards improductifs et conduira dès 1940 près de 100 000 personnes aux chambres à gaz. La loi sur la stérilisation forcée, la ségrégation, les oppositions aux mariages des tarés héréditaires (Sterilization Act) sera toutefois adoptée dans l'Etat de Virginie (USA) en 1924... Elle condamnera 60 000 personnes dans 27 Etats.

Dillon de Dillon, Read & Co. impliqué dans le financement occulte du parti nazi, de l'armement, de la sidérurgie du Reich, aux côtés des multimilliardaires nazis Flick, Thyssen, Krupp, conduira en 1948 le plan Draper-Johnston de restructuration de l'économie japonaise auprès de 325 compagnies japonaises... Dillon reconnaîtra la légalité du Manchukuo fictif jusqu'à sa chute et l'autorité non moins fictive de l'ex-empereur chinois Puyi à la tête de l'Etat.

Paul Warburg de M.M.Warburg & Co. New-York "inscrit d'office" par le président Wilson au board des gouverneurs du Federal Reserve System en 1914, à la direction de la Federal Reserve Bank of New York et président ou directeur de plusieurs centaines de sociétés dont Bank of Manhattan et American IG Farben conduira les affaires familiales (et néanmoins la politique monétaire de la F.R.B., banque centrale américaine) conformément aux intérêts des Warburg et associés en allemagne nazie, aux Etats-Unis, en Amérique Latine, au Japon impérial.
Il dirigera American IG Farben (filiale du cartel allemand IG Farben, premier groupe mondial de chimie industrielle) aux côtés de dirigeants collaborationnistes tels qu'"Edsel Ford-fils" de Ford Motor Co., H. Metz, dir. IG Farben, Bank of Manhattan, H. Schmitz, conseil de Deustch Bank et de B.I.S., C.E. Mitchell, dir. de la Federal Reserve Bank of New-York, de National City Bank, W. Teagle, dir. de la Federal Reserve Bank of New-York, de Standard Oil of New Jersey.

Ford Motor Co. de Detroit, compagnie collaborationniste écoutée à la Maison Blanche et au Congrès américain exportera ses premiers modèles au Japon durant l'ère eugéniste Meiji en 1905, fondera Ford Japan à Koyasu-Yokohama en 1925 et à Tsurumi en 1935. Henry Ford-père, en charge des intérêts de la compagnie sur les "fronts" japonais (en 1939 Ford Japan produit encore 10 000 voitures) et allemand (il fournit des voitures au marché populaire nazi, des camions et des chars à la Wehrmarcht), recevra en 1938, peu après Benito Mussolini, la Grande Croix de l'Aigle Allemand du parti nazi.
Il sera accusé de crime de collaboration économique avec l'ennemi en 1942 aux côtés de Standard Oil, IBM, American IG Farben, I.T.T., AT&T, General Motors, DuPont (la Black List du Département de la Justice de janvier 1942 recensera 5000 entreprises ou filiales américaines, latino-américaines, européennes soupçonnées d'appartenir à des nazis ou d'avoir des liens avec l'économie du Reich). En 1945 l'US Army "libérera" les usines Ford à Yokohama. En 1954 et 1958 Ford Motor Co. recouvrera l'intégralité des propriétés de Koyasu et de Tsurumi.

Bank of Manhattan représentée au conseil d'American IG Farben par H. A. Metz sera impliquée dans le financement du plan d'industrialisation du Manchukuo fictif (1931-1945). La banque interviendra par ailleurs dans le jeu des banques centrales européennes durant l'ascension d'Hitler et dans celui de la très controversée Bank for International Settlements (B.I.S.), une organisation bancaire internationale noyée dans les intérêts nazis européens du Reich et les intérêts européens américains du plan de réparation Young de 1928 (plan de financement de la dette imposée à l'Allemagne au traité de Versailles en 1919). En 1928 Owen D. Young est le vice-président de la multinationale General Electric (liée à la multinationale japonaise Shibura Electric Works). (O.D.) Young sera partenaire, tout comme son prédécesseur (C.G.) Dawes du plan Dawes pour le financement de la dette allemande de 1924, de J.P.Morgan & Co..

Max Warburg-frères, président de M.M.Warburg & Co. Hamburg et de Interessen Gemeinschaft Farbenindustrie AG (IG Farben, conglomérat nazi coiffant Agfa, BASF, Bayer, Hoechst) commercera librement jusqu'à l'aryanisation de M.M.Warburg & Co. en 1938 avec les banques pro-nazies allemandes et américaines, tout particulièrement avec Henry Schroder Bank of New York, "Schroder, Rockefeller and Company, Investment Bankers", B.I.S., intégrées au système de régulation des banques centrales européennes (auquel s'associeront le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale dans le sillage des accords de Bretton Woods en 1944), au plan de financement de la dette allemande de 1919 et aux opérations de financement international du Reich. M.Warburg en tant que banquier, membre du conseil général de la banque centrale allemande et en tant qu'industriel jouera un rôle prépondérant aux côtés de H. Schacht, ministre de l'économie de guerre du Reich en 1935, dans l'organisation internationale de l'industrie militaire nazie.

Les intérêts financiers internationaux germano-américains de la famille Warburg (initiée aux arcanes du commerce et de la banque dès le XVIème siècle) seront très discrètement favorisés au Japon par les puissants zaikai sewagyo (coordinateurs des affaires politiques et économiques).
En fait la plupart des zaikai sewagyo suivant seront liés de près ou de loin aux banques commerciales familiales US, citons : Takahashi Korekiyo (Bank of Japan, Yokohama Specie Bank), Fukai Eigo (Bank of Japan), Inoue Junnosuke (Bank of Japan et "showa bank" des prêts irrecouvrables), Gô Seinosuka (Japan Steel, Japan Industrial Bank), Yuki Toyotaro (Yasuda Bank, Japan Industrial Bank), Ikeda Shigeaki (Tokyo Clearing House), Fujiyama Raita (Chamber of Commerce of Japan, South Seas Society). Les zaikai sewagyo joueront un rôle clef dans l'agressivité du commerce nippo-américain pré-1946. Ils contribueront dans le sillage du zaikai sewagyo Shibusawa Eiichi (père du capitalisme impérial de l'ère Meiji inspiré par J.P.Morgan & Co. et Deutsche Bank) à modeler jusqu'à la défaite un redoutable esprit corporatiste qui assurera au commerce japonais sa violence nationaliste, militariste, raciale et anticommuniste.





Shigetoshi Ishida Co., Ltd. (qui réalisait un chiffre d’affaire annuel de 3 milliards de $ pour la seule vente en gros du poisson devançant d’un milliard son concurrent “Marunaka”, Chuo Gyorui Co., Ltd.) n'avait pas l'intention de "nourrir" le Japon mais de s'en nourrir. La chasse au saumon royal du Canada, aux oursins de Chine et de Corée, au BigEye de Guam, d'Indonésie, d'Afrique du Sud, à la crevette Kuruma d'Australie était l'outil d'une stratégie beaucoup plus vaste conçue pour anéantir l'étatisme, la démocratie, l'égalitarisme, le communisme. Shigetoshi Ishida Co., Ltd. ne voulait pas "s'offrir la petite pêche côtière" comme on pouvait le lire dans les colonnes de Yomiuri et de Mainichi mais la supprimer...
Pour la multinationale Shigetoshi Ishida Co., Ltd. mais aussi pour le Keidanren, le Nikkeiren (fédérations patronales nationales) et les leaders de la Commission Trilatérale-Asie, Yotaro Kobayashi (président de FujiXerox), Shijuro Ogata (ancien gouverneur de Bank of Japan), Toyoo Gyohten (conseiller de The Bank of Tokyo-Mitsubishi), Minoru Makihara (président de Mitsubishi), hommes du réseau international de David Rockefeller, la standardisation de la production-consommation japonaise suivait une progression satisfaisante depuis le printemps 1997.

Une progression étroitement surveillée, et l'on comprendra pourquoi, par la Commission Higuchi pour la défense (1996), par les experts de Takamizawa Nobushiye (stagiaire de la N.D.U et du Pentagone, chef de la division renseignement du bureau politique de la défense japonaise), de Kanemoto Toshinori (ancien président d'Interpol et futur coordinateur du renseignement USA-Japon après le 9/11), par les experts de Rockefeller, Brzezinski, Kissinger & associés et par les agents du programme de W. Kristol (administrations Bush Sr. et R. Reagan) co-auteur avec R. Kagan (The Weekly Standard) du PNAC (Project For The New American Century), un projet d'infiltration du marché mondial par des "opérations clandestines" financées par des multinationales militaristes républicaines proches du Pentagone, de la CIA et de la Maison Blanche. (1)
Quatre étapes de base : la victoire de G.W. Bush aux élections présidentielles, l'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak, l'expansion de l'OTAN en Europe centrale (elle se produira après les attentats de Madrid), le musèlement des oppositions civiles et politiques aux Etats-Unis en Amérique du sud, dans les Caraïbes, en Afrique, en Russie, en Europe, en Asie centrale, en Corée, en Indonésie, au Japon et dans la plupart des pays musulmans.
Un programme-cadre co-signé par R.L. Armitage, D. Rumsfeld, F. Fukuyama, P. Wolfowitz, R. Perle, J. Bush.
”Un projet jugé utile par Shigeru Ishiba, directeur de l'Agence de la Défense japonaise et par Yoriko Kawaguchi, ministre japonais des affaires étrangères. La normalisation économique du monde primant sur l’égoisme des cultures et l'égalitarisme. L'excès d'égalité conduisant à la délégitimation de l'autorité et à la perte de confiance en le leadership.”

Shigetoshi Ishida qui voulait la peau de la petite pêche et des "bouffeurs de rouille communistes" (il s'était également diversifié dans l'armement des navires de guerre et la propulsion nucléaire) spéculait contre les intérêts à long terme de la pêche côtière.
Les rapports de la Chambre de Commerce et d'Industrie Internationale le présentaient comme le plus gros actionnaire japonais de la pêche industrielle thaïlandaise, norvégienne, chinoise, américaine (respectivement n°1, 2, 3, 4, de l'exportation mondiale; en 2003, le Japon et les Etats-Unis captaient 50% du marché mondial du poisson) et comme le premier importateur de poissons au Japon. .
Mais pour Shigetoshi Ishida ce qui importait concernait la lutte contre l'expansion de l'étatisme, de la démocratie et du communisme, les moyens planétaires du PNAC, de la Commission Trilatérale, du Council on Foreign Relations.
Du reste Shigetoshi Ishida accèdera à Richard L. Armitage (Tokyo, 2004) en tant qu'activiste anti-communiste et généreux contributeur de la Commission Trilatériale (qui soutiendra, dès 1975, l'ingouvernabilité des démocraties), du Council on Foreign Relations (qui soutiendra, dès 1998, la stratégie du "catastrophic terrorism"), en tant qu'actionnaire de SAIC (société de surveillance et PMC -Private Military Company- au service des régimes totalitaires et organisatrice conjointement aux forces de l'OTAN de la sécurité des J.O. d'Athène), de ChoicePoint (agence de renseignement privée travaillant pour le gouvernement américain et les entreprises privées), de Database Technologies, DBT, filiale de Choice Point, accusée, lors des élections présidentielles de novembre 2000 -qui donneront G.W. Bush victorieux- de falsification dans le recomptage des bulletins de vote de l'Etat de Floride...

Shigetoshi Ishida aimait qu'on lui rappelle sa nomination au board de ChoicePoint -Armitage en sera membre avant d'être nommé ministre adjoint des affaires étrangères par G.W. Bush II. Le ministre annoncera lors d'une allocution au Japan National Press Club de Tokyo (2004):
"Beaucoup de gens dans le monde ne comprennent pas ou prétendent ne pas comprendre la grande question qui oppose le monde libre et le terrorisme. Certains disent que le terrorisme est la solution de l'intégrisme. Qu'ils se rendent en Afghanistan, en Iran, en Irak! D'autres disent que nous devons négocier avec le terrorisme. Qu'ils se rendent à Ground Zero! Il y en a même qui disent que le terrorisme est mauvais mais que le terrorisme permet de faire des progès sur le chemin de la paix. Qu'ils se rendent à Bagdad! Ce qui est vrai à Bagdad est vrai en Irak, une paix réelle ne pourra être assurée tant qu'un seul irakien sera menacé. Bientôt tous les citoyens irakiens seront des hommes libres. Et c'est pourquoi, en tant qu'un homme libre, je m'enorgueillis de dire : je suis irakien! L'Irak peut compter sur l'Amérique! Le Japon peut compter sur l'Amérique! L'Amérique peut compter sur le Japon!".

Pour les dialecticiens de la sécurité globale il s'agissait d'une déclaration de guerre au terrorisme international, aux Etats faibles (en fait aux fractures sociales des Etats riches ou pauvres) et le réamorcage des opérations clandestines contre le communisme mondial.
Cela signifiait que le "feu vert" pour l'éradication du syndicalisme ouvrier et des communistes dans les 2944 ports de pêche et les 54 marchés de vente en gros du Japon était donné.
Selon les estimations de Rand Corporation le Japon comptait "à peine 400 000 communistes contre 66 millions en Chine Populaire".

Pour régler "le problème" du Japon il suffisait donc de suivre la politique libérale américaine de 1946. Pour régler le problème chinois il suffisait d'appliquer le PNAC à la lettre : incitation au crime organisé, incitation à la révolte sociale, rurale, portuaire, infiltration boursière, dérégulation des marchés et des taux d'intérêts, pressions sur les entreprises d'Etat, la politique monétaire et la banque centrale chinoises, établissement en trente cinq ans du yen comme monnaie internationale de réserve en Asie.
Sigetoshi Ishida résumait très bien la situation : "noyer la Chine communiste (premier producteur mondial de poisson par le volume de ses pêches) dans son eau : “avec les filets, la production et l'argent des communistes”".

"Le Japon peut compter sur l'Amérique. L'Amérique peut compter sur le Japon".
C'était également, pour reprendre une célèbre phrase de J.D. Rockefeller :"une déclaration de guerre aux faiblesses générales du monde". Faiblesses que Charles Murray (sociologue) et Richard Herrnstein (psychologue) du Manhattan Institute de New-York imputaient très scientifiquement : "aux familles pauvres, aux lépreux, aux infirmes, aux sidaïques, aux vagabonds, aux criminels, aux prostituées, aux homosexuels, aux noirs, aux improductifs, aux tarés du monde, génétiquement moins élaborés que les riches et seuls responsables des inégalités sociales et raciales".





Le Comité Regional des Marins Pêcheurs de la Pêche Côtière de Tohoku, derrière Saito Masao, ne voyait pas d'un bon oeil l'extrême modernisation de l'industrie qui hissait la consommation des classes dominantes, nouvelles et intouchables, au niveau du capitalisme mondial tout en préservant le pouvoir d'achat et l'épargne pharaonique des classes moyennes (3000 milliards d'euros), tout en réduisant le niveau de vie de la classe ouvrière et des opprimés à un simple niveau de subsistance.
La fracture de la structure sociale de la pêche traditionnelle affectée par son mode de production non industriel et non compétitif favorisait l'écrasement du droit au travail indépendant (attributions préfectorales et gouvernementales clientélistes des licences et des concessions), du droit constitutionnel à la liberté d'entreprendre, du droit à la poursuite du bonheur, du droit à la vie (art.13,14,17,25, 27, 28 de la constitution) (2). Une dérive sociale qui commandait plus d'action à la lutte ouvrière et qui imposait après une période historique d'abondance et de liberté l'urbanisation progressive de la population portuaire en situation de sous-développement, lequel nourrira durablement son exploitation ainsi qu'une violente agression industrielle de la nature.

Les syndicalistes de la pêche côtière se souvenaient de la façon dont l'usine Chisso (aujourd'hui groupe mondial : chimie, pétrochimie, biotechnologie, composants électroniques) avait englouti le petit village de pêcheurs de Minamata (Kumamoto-ken), jusqu'à tuer ses habitants (947 en 1956, 1451 sur 17 235 cas d'empoisonnement recensés en 2002) et ses animaux.
Dès 1932 Chisso s'était rendu coupable d'avoir disséminé par négligence du mercure dans les sous-sols (quantité équivalente à un litre de microroches, de boue, de liquides pollués par jour), les nappes phréatiques et les eaux de pêche de Minamata.
En 1953, la pollution régionale des organismes vivants atteignait son niveau paroxystique et trahissait sa présence dans le système nerveux central des habitants socialement les plus exposés durant les vingt premières années de contamination (1932-1952).
Les enfants en bas âge appartenant aux familles en état de précarité (anticonstitutionnel depuis 1946, art.25) étaient atteints de paralysie cérébrale, d'ataxie, de retards mentaux, de retards du développement.

Les syndicats se verront retirés jusqu'à leurs droits d'association, d'information, d'action, pourtant constitutionnels (art.21,28). Les brigades anti-émeutes chargeront les manifestants, frapperont et blesseront. Les services hospitaliers de l'usine et de la ville refuseront de reconnaître les faits d'empoisonnements y compris après avoir effectué des tests probants sur animaux.
Les familles de victimes recevront 300 000 yens (2000 euros) "à titre de consolation" et 20 000 yens (180 euros) pour les frais funéraires.
Dans les documents de conciliation aucun paragraphe ne mentionnera la responsabilité de la société dont le maire aura été l'un des dirigeants.

En 1964 (année des jeux olympiques) il y aura une affaire identique à Niigata, puis à Itai-itai, puis à Yokkaichi... Puis il y aura les affaires de l'internement et de la stérilisation forcée des lépreux (socialement démunis et improductifs) et des lois historiques pour l'eugénisme national de 1940 et de 1948, et enfin la condamnation de l'Etat en 2001 par le Tribunal de Kumamoto pour "violation du droit constitutionnel au bonheur" (art.13) occasionnée par la loi sur l'internement des lépreux de 1953 (année noire Minamata-Chisso), abrogée seulement en 1996....

*

Le comité était une arme populaire d'information et de lutte très offensive. Il attaquait l'Etat industriel dont le rôle principal ne consistait pas seulement à maintenir la fabrique sociale au service de la classe dominante mais à réguler le comportement économique de cette classe et à contrôler la capacité des ouvriers à s'organiser.
"Un tel Etat, ’crit l'économiste marxiste chilien Robinson Rojas (fervent opposant au PNAC et co-auteur avec Edouard Prugovecki du Projet pour le Premier Siècle Populaire) est un agent omnipotent, omniprésent, politiquement et économiquement.Il crée une irrépressible tendance à l'autoritarisme et ses caractéristiques sont toujours celles des besoins du système de production en tant que base de la structure sociale dominante."

Le comité s'était donc constitué afin de sauver les droits démocratiques à la production acquis en 1948-1949, peu après la rédition du Japon, et tout le long de l'occupation américaine jusqu'en 1952.
Qui s'intéressait aux problèmes de la pêche au Japon savait qu'il existait deux pêches. La pêche industrielle qui consistait en la seule recherche du profit, en fait en la constitution de conditions de domination des relations capitalistes de production et la pêche familiale, la petite pêche et la pêche côtière, qui consistait en la survie de générations d'ouvriers de la mer.
La vie locale, les petits métiers étaient saignés à blanc. La structure du travail familial disparaissait au profit d'une anormale concentration de population désormais sans qualification, socialement fragilisée, exclue de tout mode de production, sans ressource et sans toit, exilée dans le tumulte des mégapoles capitalistes surpeuplées, dans les couloirs du métropolitain ou sur les berges des fleuves, parmi les roseaux et les rats.

Shigetoshi Ishida Co.Ltd. et les grossistes nationaux subissaient tout le long de l'année, comme une conséquence de la fracture de la structure sociale, les groupes de marins pêcheurs en colère : assauts des pêcheries industrielles, des assureurs maritimes, des banques, des préfectures, des municipalités portuaires, des convoyeurs, destruction des importations de Chine, de Norvège, de Thaïlande, des Etats-Unis, dénonciation des affaires criminelles, incitations à la grève, destruction des produits génétiquement modifiés, saccage des instituts maritimes, etc...
Plus le comité des pêches de Tohoku réclamait ses droits sur les zones de pêche relevant des six préfectures du nord, et plus Shigetoshi Ishida, ses associés corporatistes nationaux et régionaux, exerçaient de pressions sur le gouvernement national, les gouverneurs régionaux, les six préfectures (Fukushima, Miyagi,Yamagata, Akita, Iwate, Aomori).

Depuis l'Ere Meiji (1868-1912), durant l'ère Showa (1926-1989) et l'ère Heisei (1989,...) les projets industriels s'intégraient à ceux de la stratégie nationale de sécurité et à ceux de la lutte contre le terrorisme. Ce n'était un secret pour personne ni à Sendaï (Miyagi-ken) où le tyran Ishida avait grandi ni à Tokyo.
Dans le seul but de maintenir le marché concurrentiel en l'état Shigetoshi Ishida avait admis et interprété à sa façon la doctrine du droit de préemption.
Une protestation locale contre la pêche industrielle devenait rapidement un crime contre la propriété (malgré les art.12, 13, 29 de la constitution), l'Etat industriel, le comportement économique dominant et justifiait, à titre de prévention, une politique globale de préemption.
Elle impliquait de prévoir les obstacles au développement, de percer les faiblesses des relations sociales des corporations, des syndicats, des forces politiques d'opposition, des universités, des pays dotés de matières premières et de s'approprier avec violence ce qui avait été secrètement convoité, la désorganisation sociale, jusqu'à la liberté d'autrui.

Aux yeux des poissonniers industriels "Armitage sensei" (le maître Armitage) passait pour un gourou autoritaire et pragmatique, un "BigEye".
En fait les tyrans économiques locaux (désormais maîtres du marché capitaliste mondial) savouraient "l'homme" de G.W. Bush pour les affaires japonaises.
Armitage sensei était impliqué dans l'Irangate, le financement des contras nicaraguayens, les opérations clandestines américaines au Vietnam, en Iran, au Pakistan, en Inde, en Chine, aux USA, au Moyen-Orient. Comme bon nombre de criminel de guerre japonais (soldats, yakuzas et hommes de science) Armitage avait toutes les qualités requises pour demeurer libre et ne jamais être inquiété de la justice criminelle.
Il avait été membre de CACI International Inc. qui avait fourni vingt-sept interrogateurs en Irak dont quatre à la prison d'Abu Ghraib.
Que CACI, du reste, soit accusé de violation de contrat par cinq agences américaines et cité dans le rapport d'enquête du général Taguba pour l'affaire des "abus d'Abu Ghraib"n'était pas un problème pour la "junte nippone".
En fait, Armitage sensei qui avait volé au Japon son pouvoir de justice et d'information avait formaté les rencontres aux goûts des serviteurs fortunés et zélés du type de Shigetoshi Ishida.
Les médias sécurisés, assujettis aux comités du renseignement politique de la défense nationale, s'adressaient au peuple selon les goûts des ministres, des partis, de l'Etat, du business, de la nébuleuse néocon et néolibérale, des "men in black" d'Osaka, de Kyoto, de Hamamatsu, de Tokyo, de Fukushima, d'Hitachi, de Mito, de Sendaï, de Shiogama, de... S'imposait pandémique le rôle accordé au Jieitai (Force d'Autodéfense) et à la haute technologie militaire japonaise en Irak, au Qatar, au Koweit, en Arabie Saoudite, en Corée du sud, en Afghanistan et en Asie centrale.
Le Japon s'ouvrait souverainement, avant toute autre nation, au génie de la société industrielle expérimentale post-civile et à celui, non moins expérimental, de la vie militarisée post-humaine.
"Le japon doit! Le Japon veut! Le Japon est prêt à utiliser les outils du pouvoir national! Le Japon est prêt à servir ses intérêts en matière de sécurité globale et de stabilité globale!...".


Saito Masao et ses résistants (marins, ouvriers sans qualification, mécanos, réparateurs de filets, ouvriers piqueurs de rouille, chômeurs, dockers, charpentiers de marine, proscrits de syndicats corporatistes, femmes au foyer, tisseuses, mères, cuisinières, caissières, ouvrières, journalistes) perdaient beaucoup de temps à déjouer les pièges de l'appareil politico-économique, policier et judiciaire conçu pour exercer une influence r’pulsive jusque dans la structure sociale de chaque village où régnait, parfois, une pestilentielle atmosphère de dénonciation.
Le militantisme ouvrier associé au développement du sous-développement coûtait, disait-on, des milliards de yens aux classes moyennes, aux entreprises, au gouvernement.
La stratégie était simple. L'opinion, le corporatisme, le patriotisme, l'élitisme, le sectarisme religieux devaient s'attaquer à la cause de la misère (la résistance sociale) comme la rouille au moteur. L'opinion devaient armer la nation contre le "péril rouge", les coopératives démocratiques.
Le comité populaire des pêches du nord affrontait ce monstre à cinq têtes depuis 1955. Une de ces guerres d'usure dont le pays avait le secret et que le tambour de société (shakai no bokutaku) -car il s'agissait bien d'un crime institutionnel et d'une injustice sociale- autant que les forums sociaux échappant un temps à la censure et à la répression, un jour ou l'autre, ne tairaient pas.

Pour l'heure, les coups de béliers ouvriers libéraient les eaux polluées du capitalisme sur la vie plublique.
Les chaînes d'acier qui unissaient les familles politiques, commerciales, aux syndicats du crime Yamaguchi Gumi, Inagawakai, Sumiyoshi-Rengo-kai actionnaires de milliers d'entreprises légales et de milliers de sociétés écrans (kigyo shatei) jaillissaient du sol comme autant de dragons hideux dans un jardin zen classé jusque là monument historique par l'UNESCO.
Bien qu'écrasés par les règles ultrasécuritaires supports de l'autoritarisme et de l'homogénéité sociale de la classe dominante les ouvriers étaient aux avant-postes du combat contre le crime organisé. Les plus fragiles étaient satellisés très loin de la vie militante. Sabre et bouclier de la délinquance économique globale le corporatisme oeuvrait patiemment au nouveau maillage des devoirs.
Il était en effet très hypocritement assuré à l'opinion patriotique que les sociétés multinationales assumeraient seules face aux syndicats du crime et au terrorisme la s’curit’ nationale, l'abondance, la satisfaction de tous les besoins privés, le droit au travail, la morale publique, la survie de l'espèce urbanisée.

Les prêts irrecouvrables -40% des prêts institutionnels en 2000 selon l'acheteur Goldman Sachs et le FBI- étaient si nombreux que Toyota, Sony, Honda, Toshiba, Nissan empruntaient sur le marché international sécurisé.
Les géants entendaient démontrer au petit peuple des classes moyennes qu'ils étaient capables de rompre très méthodiquement les liens historiques aux gouvernements corrompus affaiblis ainsi que les liens aux banques rackettées par la mafia.

C'était à la fois un paradoxe et une rebuffade des dieux-démons car les familles traditionnelles du crime organisé étaient tolérées par les partis et les institutions publiques depuis le XVIème siècle, par Vatican depuis 1936 et par les multinationales américaines depuis 1946...
Ryoichi Sasakawa (condamné pour crime contre l'humanité) façonnera beaucoup d'hommes avec la boue des philanthropes de la prison de Sugamo (en fait les déchets de la philanthropie capitaliste américaine) jusqu'aux pairs de la nation; des hommes innocentés par la justice et dont les héritiers calligraphieront, érudits et raffinés (militaristes et adeptes de la vérité académique dô) les pages de l'histoire contemporaine avec les pinceaux de Yoshio Kodama, de Nobusuke Kishi ou de criminels de guerre comme Shiro Ishii, Okamoto, Tanaka, Yoshimura, Naito, Yagisawa, bourreaux de la Chine du Nord ...
Il était dit qu'un seul assassin et escroc de l'envergure de Ryoichi Sasakawa loué par trois générations d'hommes politiques japonais, par les Fondations américaines Ford, Rockefeller, Garnegie, DuPont, Mellon, béni par Jean Paul II, médaillé de la Paix et des Sciences par les Nations-Unies, Hellen Keller International Award, Linus Pauling Medal, suffisait à l'initiation d'une troupe au meurtre, à la torture, au viol, à la concussion.

L'historien progressiste Tadashi Yamamoto consignera que cette emprise du crime organisé et des règles ultrasécuritaires sur les lois, la politique et l'économie ne laissera aucun avenir à la vie sociale japonaise. Il écrira dans Akahata (drapeau rouge):
"(...) Puisque personne ne consent spontanément à son suicide, il suffit pour concocter celui d'une nation de réduire l’Etat et la citoyenneté aux seules lois du marché.
“(…) L'histoire scolaire falsifiée des holocaustes chinois et coréens, l'histoire scolaire falsifiée de l'ascension d'Hirohito permettent de dissimuler aux enfants les noms des généreux commanditaires de l'impérialisme et plus encore la perversité de l'idéologie du droit de préemption, de la reconstruction et de l'endettement.
"En à peine un demi siècle nos faiseurs de paix imposeront aux citoyens de ne plus chercher à exercer une quelconque influence sur l'environnement, la justice, la vie sociale, politique, économique, de ne plus chercher à maîtriser le devenir, de reconnaître le travail forcé impayé comme une vertu et le meurtre des plus faibles comme le symbole du mérite et de l'obéissance.
" Les maîtres de la paix civile auront agi de sorte qu'un subtil décret, d'autant plus subtil que l'abondance imposée comme Loi aura été vraie, presse tout un chacun, un jour, sur les côtes désertes du pays pour se battre. Ce jour, chacun sera confronté à l'idée récurrente de la suprématie domestique du pays sur le reste du monde, à la nécessité vitale de reconquérir la Loi perdue...”.





"(...) L'esprit corporatiste des multinationales japonaises, disait Saito Masao aux jeunes recrues de Miyagi-ken, considère l'entreprise transnationale comme le support ultime de l'autoritarisme. Le corporatisme (bien que ne représentant pas une classe, il est une spécificité des relations sociales) est souverain au sein des 5 000 000 de PME japonaises et conduit la quasi totalité des 40 millions de travailleurs à la soumission à la structure du mode production capitaliste mais aussi à celle des institutions démocratiques.
Le corporatisme de nos 13 000 multinationales par contre, échappant à la dépendance structurelle qui rend vulnérables les PME localisées et les Etats (le g’ant transnational ne reconnaît que ses propres limites hors Etats), s'est développé en violation constante des structures institutionnelles et des relations sociales inhérentes aux modes de production locaux (ses intérêts étant contradictoires avec ceux des autres secteurs)....
"(...) le secrétariat au Commerce américain affirmera qu'au Nigéria, au Congo, en Afghanistan, en Irak, en Yougoslavie, au Kosovo, en Chine, au Mexique : Shell, Exxon,Texaco, Halliburton, Enron, Dow, Monsento, Philip Morris, Camel, R.J. Reynolds, Carlyle, RJR. Nabisco... n'auront jamais profité des fractures et des faiblesses des relations sociales : "Dieu s'y opposant" (rires).
"(...) le célèbre rapport d'enquête d' H.J. Carter (Département américain de la Justice) sur les activités pro-nazies d'IBM établira en 1944:
"....les intérêts des Etats ne coïncident pas avec ceux des multnationales, plus vastes et plus puissantes que les nations. Leurs salariés ne sont pas les citoyens d'une nation, quelle qu'elle soit, mais des citoyens mondialisés qui ne recherchent que l'intérêt de l'entreprise et s'engagent à agir loyalement à son égard. Il y a une réelle rupture entre une nation et une entreprise internationale dont les intérêts ne coïncident pas...
Les sociétés conspirent pour restreindre les productions concurrentes, dicter les prix, les lois commerciales, les droits. Elles cherchent à limiter la concurrence et l'indépendance de la justice"...
"(...) les patrons cherchent bien à incarner (rêve d'omnipotence magique et perversion réaliste) la justice universelle.Mais le juste dans un contexte de production capitaliste échoît historiquement, moralement et philosophiquement à la lutte ouvrière, aux oppositions politiques, aux opprimés, aux mouvements pour la paix, la liberté, la fraternité, l'égalité.
En Europe, les sociétés internationales se plaignent de la banalisation de leurs droits et pour régler leurs conflits devant les tribunaux n'hésitent pas à invoquer le principe d'égalité devant la loi contenu dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 !... Les juges débordés, réduits, à tout prendre, à l'arbitrage du droit des affaires mettent sur un pied d'égalité (en les opposant ?!) la défense des intérêts économiques transnationaux et la défense des droits des plus faibles. Le Japon a pris ce pas dès les années 50."

Pour Saito Masao (Bové, Amin, Bello, Houtart ne diront pas moins à Sendaï) l'applicabilité des normes relatives aux droits de l'homme aux sociétés privées, les faillites, les licenciements, la disparition de la paysannerie, de la petite pêche, du crédit régional, la violation des droits constitutionels nourrissaient les appétits despotiques de nombreux outsiders. Un processus que les banquiers transnationaux, les entrepreneurs des villes-Etat (sièges de la production) et les partis politiques concernés ne pouvaient dissimuler sous le voile du développement économique autoritaire et du sectarisme.
S'ajoutaient, autres indices des débordements durables, les banqueroutes des mutuelles, la destructuration de la sécurisation sociale et 800 milliards de $ de prêts accordés par le gouvernement Koizumi à des sociétés insolvables ou criminelles. Les seules entreprises maffieuses absorberont, ainsi, jusqu'à 400 milliards de $ de ces prêts irrecouvrables.

"Armitage sensei" enseignera à Tokyo, afin de justifier l'enveloppe de 10 milliards de $ allouée par le gouvernement japonais à la lutte am’ricaine contre le terrorisme et le grand banditisme international, au développement du processus démocratique irakien :
"...ce qui compte pour nos enfants c'est la soupe sur la table, tous les jours, et l'école garantie. Halte à la guerre. Halte au crime. Nos agents dans le monde et au Japon depuis une dizaine d'années veillent au soutien du gouvernement japonais dans son effort de guerre contre le crime organisé... Notre effort historique, quoiqu'on en dise, aura servi de base structurante à la police et à la justice d'aujourd'hui...".
Le ministre faisait allusion au programme des forces américaines d'occupation pour l'éradication des gangs au Japon, gurentai, ou yakuza, entre 1950 et 1952. Un programme qui avait consisté à engager en échange d'une absolue immunité (soustraction aux juridicitions) les familles historiques du syndicat du crime dans la lutte contre le communisme.
"Il s'agit bien, dira encore Armitage, de mettre en valeur le succès de ces dix dernières années (1994-2004), d'associer les moyens japonais et américains en matière de lutte contre le crime pour que vivent en paix et dans l'abondance garantie nos deux puissantes nations."...


BREVE STRATIGRAPHIE DES PRETS IRRECOUVRABLES, DU CAPITALISME CENOZOIQUE JAPONAIS ET DES LIENS INSTITUTIONNELS AUX SYNDICATS DU CRIME, 1975-2004


En 1993 et 1994, les vice-présidents de Hanwa Bank (préfecture de Wakayama) et de Sumitomo Bank de Nagoya (préfecture d'Aichi) seront assassinés par des tueurs à gages. Ils avaient à charge le recouvrement des prêts accordés aux syndicats du crime. En septembre 2000, Tadao Honma, ancien directeur de la Banque du Japon sera retrouvé mort dans sa chambre d'hotel à Osaka. Deux semaines plus tôt Tadao Honma avait été nommé président de Nippon Credit Bank, en situation de faillite. Il apparaîtra que Nippon Credit Bank avait accordé de très gros prêts au crime organisé. Housing Loan Administration Corp. établira que 40% des prêts accordés aux sociétés par les établissements de crédit japonais seront en fait accordés à des sociétés écrans appartenant aux clans Yamaguchi Gumi de Kobe, Inagawakai, Sumiyoshi-Rengo-kai de Tokyo...

En 1975, le 1er ministre Tanaka Kakuei s'adressera au syndicat du crime pour infiltrer le "capitalistic terrorism" en recrutant Kodama Yoshio, yakuza ultranationaliste membre en son temps de Kenkoku-Kai (Association pour la Fondation de la Nation). Kodama Yoshio, espion du gouvernement impérial entre 1930 et 1940, vice-amiral et membre de la Section G-2 de renseignement des forces d'occupation en 1950 sera chargé d'unir les gangs maffieux dans la lutte contre le communisme. Il établira des liens historiques entre les deux parrains Kazuo Toaka, oyabun de Yamaguchi-gumi et Hisayuki-Machii, oyabun coréen de Tosei-Kai...
Quoiqu'il en soit, Kodama Yoshio et Tanaka Kakuei seront impliqués, jugés et finalement condamnés pour corruption et fraudes dans l'affaire Lockheed en 1976. La loi du commerce de 1982 visant à contrôler les activités criminelles des yakuzas, et plus spécifiquement celles des sokaiyas (yakuzas petits porteurs d'actions spécialisés dans le racket et la "protection armée" des assemblées d'actionnaires) avortera. Le ministère des finances s'embourbera dans le crime de collaboration économique avec le crime organisé.

En 1984, Takenka Masahisa, chef de Yamaguchi Gumi sera engagé par le ministère des finances pour "nettoyer" la Sogo Bank (Tokyo) des yakuzas du Kanto, en pure perte. Takenka Masahisa sera assassiné. En 1985 et 1986, le ministre des finances Takeshita Noboru passera un contrat d'affaire avec ce même clan Yamaguchi Gumi pour faciliter l'expansion de Sumitomo Bank (originaire d'Osaka) sur la ville de Tokyo. Sumitomo Bank connaîtra un succès éclatant...
En 1990, le parrain Susumu Ishii, chef incontesté de la famille Inagawakai sera en mesure d'obtenir des prêts sans garanties auprès de douze filiales de Nomura Securities et Nikko Securities, deux multinationales proches du gouvernement Koizumi.
Entre 1989 et 1991, West Tsusho (Tokyo), société écran de la famille Inagawakai, acquerra sous l'autorité de Susumu Ishii -dans l'indifférence du Ministère des Finances japonais, du Financial Intelligence Unit (sensé travailler contre le crime financier au Japon) et grâce aux conseils en fusions et acquisitions de Prescott Bush Jr. (oncle de G.W. Bush)- les sociétés américaines Quantum Access de Houston et Asset Management International Financing & Settlement de New York... Susumu Ishii mourra sans explication deux jours après les publications d'une photographie le montrant en compagnie de Prescott Bush Jr et d'un article du Daily Yiomiuri évoquant le montant d'une commission non déclarée versée par le parrain japonais à Prescott Bush Jr. (250 000 $ tous les ans pendant quatre ans, en parfaite violation de la Japan Foreign Exchange Control Law) ...

Le premier ministre Koizumi -interrogé en 2004 par Asahi sur les mesures anti-maffia du gouvernement et du parlement- déclarera avec le sourire :
"...Je reprendrai la célèbre phrase d'un allié américain chargé au Japon de la lutte contre les syndicats du crime. Il connaissait très bien les yakuzas puisqu'il avait opéré auprès d'eux pendant quarante ans. Il dira : "il n'y a pas un seul parlementaire japonais qui ne connaisse le parrain de sa circonscription; ne demandez donc pas à un ministre ou à un ancien député ce qu'il en pense !"
" (...) Cela dit, nos parlementaires n'ont toujours pas, à ce jour, trouvé la bonne loi d'imposition pour combler le gouffre des prêts irrecouvrables et retrouver, outre la confiance de nos investisseurs étrangers, les centaines de milliards de $ détournés et réinvestis par le crime organisé en Asie, en Europe, aux Etats-Unis".

Une arrogance politicienne semblable à celle du oyabun Matajiro Koizumi, son grand-père, ministre yakuza des communications, dit "tatooed minister", porte parole de la Chambre des Représentants avant guerre, et à celle de Junya Koizumi, son père, ministre de la défense durant la guerre froide, ardent défenseur de la tradition des kamikazes, du culte des morts, du temple Yazukuni Jinja (cr’ation m’diaticopolitique de la muiltinationale Dentsu).
Les chroniques de la presse japonaise diront que les Koizumi (créations Dentsu) entretiendront des relations d'intérêts avec de nombreuses banques de commerce, sociétés et personnalités accusées, les unes, de crime de collaboration économique avec l'ennemi, les autres, de crimes de guerre durant-après la guerre sino-japonaise et la seconde guerre mondiale.
Du reste, des sociétés internationales comme The Mitsui Bank Ltd., The Mitsui Taiyo Kobe Bank Ltd., The Mitsubisihi Bank Ltd., Yokohama Specie Bank Ltd., The Sumitomo Bank Ltd., The Sakura Bank Ltd. s'installeront à New-York avec succès et développeront de nombreuses relations d'affaire avec les noyaux historiques de la banque américaine de commerce et de l'industrie pro-nazie (Rockefeller, Rothschild, Dillon, Morgan, Warburg, DuPont, Siemens, Ford, IBM, General Electric, etc...).
Cependant, les banques de commerce japonaises de New York seront fermées (et la plupart des avoirs saisis) en 1941.

Le département américain de la Justice retiendra en 1942 (parmi 5000 cas d'entrepreneurs collaborationistes) le cas du sénateur Prescott Bush (grand-père de G.W.Bush) que l'activité actionnariale conduira aux banques japonaises internationales de commerce et aux trusts transnationaux des multimilliardaires nazis Thyssen et Flick. La banque new-yorkaise internationale "Thyssen-Flick": Union Banking Corporation dont Prescott Bush sera actionnaire et la société américaine d'extraction minière Upper Silesian Coal Company (Silesian American Corporation) qui commandera à Auschwitz du travail forcé aux nazis, et dont Prescott Bush sera également l'un des actionnaires, auront leurs avoirs saisis sous l'autorité de la loi sur le commerce avec l'ennemi en 1942. Prescott Bush sera amnistié.
Keizo Abe, rédacteur en chef du E-mail Magazine du cabinet de Junichiro Koizumi en 2001, se réjouira malgré tout qu'un lien politique historique ait été tissé dès 1960 entre Junya Koizumi-père, président de la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre des Représentants et "l'influent sénateur Prescott Bush" représentant du président Eisenhower et du Congrès pour les négociations sur la révision du Traité de Sécurité nippo-américain. La révision du traité se fera sous la tutelle du 1er ministre Nobusuke Kishi qui devra son investiture au soutien public des oyabuns Yoshio Kodama et Ryoichi Sasakawa en 1957.

"La sécurité globale comme le recouvrement de la "bad debt" (prêts irrecouvrables) des compagnies de crédit (jisen), dira quarante quatre ans plus tard Junichiro Koizumi, relève finalement du plein respect des lois, de plus de discernement de la part des agents du gouvernement et du secteur bancaire mondial. Si nous sommes rendus au temps du terrorisme économique international, nous sommes également rendus au temps des certitudes en matière de renseignement civil et militaire... Cependant, bien que le Japon soit pointu en matière de stratégie contre le crime organisé et le terrorisme international, aucune réforme ne garantira le succès à 100%. 100%, en ce domaine, consisterait à demander l'avis de nos amis socialistes qui ne savent jamais où ils vont puisqu'ils ne savent jamais où ils se trouvent... Je citerai, enfin, le grand Winston Churchill : "nous ne prendrons pas la mer avec les moyens de Christophe Colomb !"..."





Dans la région de Tohoku, de la mer du Japon à l'océan pacifique, la manipulation génétique des huitres, des oursins, des alevins de truites pour la production en rivière, du saumon royal, du marlin, de l'espadon et du thon d'élevage (blue-eye, blue-fin, yellow-fin) pour la pêche en haute mer battait son plein, au point de soulever les syndicalistes de la petite pêche, les chercheurs, les écologistes, les médias, les familles de consommateurs, les comités d'éthique. Le petit monde de la pêche côtière assistait, impuissant à la prolifération des fermes d'élevage d'espèces marines semidomestiques génétiquement modifiées (EMGM). La disparition des géniteurs sauvages peuplant en abondance renouvelée les eaux côtières, les baies de Setonaïkaï, d'Hiroshima, de Kobe, d'Osaka, de Tokyo, de Sendaï... et la haute mer jusqu'en 1975 stimulait la reproduction scientifique des espèces sans régler pour autant la question de la sur-pollution industrielle marine, la question essentielle du mode de production capitaliste, la question du développement économique autoritaire et l'effondrement de la démocratie.
Les consommateurs dévoraient donc depuis quelques années déjà du thon expérimental génétiquement modifié stimulé par des implants électroniques de croissance semi-organiques.Selon le Comité Régional des Pêches, Worldlife, W.W.F., W.O.R.A., W.S.P.A., W.S.P.T., Fish Life International les thons ’taient produits en ferme d'élevage pour la haute mer par Shigetoshi Ishida Co., Ltd., Biotique Systems, Japan BioChip Technology et assistés par satellite jusqu'aux hauts fonds des zones indusrielles de croissance. Des "zones de pêche" qui n'apparaissaient sur aucune carte maritime et qui échappaient à toutes les conventions internationales. Une production industrielle parfaitement illicite contrevenant aux normes de la pêche industrielle du ministère japonais des pêches, de l'OMI (Organisation Maritime Internationale), de l'OIT (Organisation Internationale du Travail), de la FAO (organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture).


IDENTIFICATION NORMALISEE


Symbole de la biochip fishery industry chaque thon était doté d'une étiquette intelligente à basse fréquence expérimentée par l'U.S. Army dès 1948 (Radio Frequency Identification for Defense, RFID), tout récemment par la logistique anglo-américaine en Irak lors d'opérations militaires de "stockage intelligent" (U.S. Chief Ltc.Forrest Burke, U.S. Army Logistics Network Task Force) et par des sociétés internationales comme Swatch, Caterpillar, Dell, Benetton, Fedex, Merck, Monsento, Bristol-Myers, Gillette, Procter & Gamble, Wal-Mart, General-Motors, Hewlett-Packard, Johnson & Johnson, Lockheed Martin, Honeywell, IBM....
Les bancs de thons (5000 à 10 000 unités) de chez Shigetoshi Ishida Co. Ltd. (Coalition Partner NCW Award 2000 et pilier des conférences de l'IDGA-Institute for Defense and Government Advancement- aux côtés du Naval Undersea Warfare Center, de RAND, du Marine Corps Materiel Command, des Israel Defense Forces, des sociétés Phantom Works, Booz-Allen Hamilton, Lockeed Martin, Northrop Grumman) tracés en ligne par un G.E.P.C. (Global Electronic Product Code, Ishida Technics) étaient reliés à la base d'écoute du G.C.S.B. de Wellington (Government Communications Security Bureau, équivalent néozélandais de la National Security Agency américaine).
Une opération militaro-industrielle qui permettait à la compagnie Ishida d'obtenir les secrets de la politique des pêches du gouvernement japonais avant les rivaux (le G.C.S.B. étant politiquement et militairement coiffé par la N.S.A. et par le programme Echelon d'écoute et de surveillance mondiale des communications) et un excellent choix militaire de routes migratoires profondes. Les thons étaient exécutés par satellite à l'aide d'un protocole intégré au processus de croissance dans une zone militaire tenue secrète.
Cette opération finale n'échappait pas, toutefois, aux échosondeurs du CSPSCECN, Comité Scientifique Populaire de Surveillance Continue des Espèces et de la Conservation de la Nature co-animé par de célèbres opposants au capitalisme comme Itoshi Imamura, Kiyoaki Hirata, Makoto Itoh, Wataru Hiromatsu (maudits bien entendu par le patronat, les partis de droite, la presse, les chiens de guerre de Shigetoshi Ishida et la marine de guerre japonaise, néozélandaise et australienne).

"Chez Shigetoshi Ishida Co., Ltd. lisait-on sur les pages du site web du groupe, l'on souhaitait moins de chair et plus de graisse." Un thon industriel rigoureusement conçu pour la normalisation de la consommation mondiale dans un contexte de dépeuplement global. Les excédents de graisse étant transformés en savon ou en produit de beauté pour les colonies urbaines luttant contre le vieillissement.
Shigetoshi Ishida Co. Ltd. et ses associés voyaient toutefois plus loin que le marché du vieillissement qui n'était qu'un aspect de la stratégie du marché post-humaniste. L'homme, selon Ishida, support de traçage idéal pour de nouvelles formes politiques de domination et d'homogénéité sociale, support de tracage idéal, finalement, pour la lutte contre le socialisme et le communisme international, renaîtrait bientôt des modes primitifs de production livrant les peuples à la survie, à l'égalitarisme et aux épidémies. Il renaîtrait dans le courant mondial du transhumanisme capitaliste (Nick Bostrom, Max More...).
Le traçage humain dans un contexte de déstructuration des relations sociales de production et de criminalité constituait une amorce normative post-civile pour la sédimentation de l'idéologie économique pan-humaine libérale stipulant (malgré les désastres répétés) que l'expansion du marché mondial était la cause réelle du développement.
C'était également la certitude d'obtenir, un jour, par l'étiquetage intelligent semi-organique puis organique :
- le recensement autoritaire des familles et des naissances génétiquement modifiées (Jürgen Habermas s'y opposera dans "L'Avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ?"),
- le recensement global des espèces, clef de voûte du marché mondial (Vandana Shiva s'y opposera dans "Satyagraha" ou "le combat sacré pour la vérité") et clef de voûte de la doctrine abolitionniste des civilisations et des luttes sociales :
- du David Rockefeller Center for Latin American Studies (Neil L. Rudenstine, David Rockefeller... JP Morgan Chase, JP Morgan Private Bank, Time Warner, Inc., UBS Investment Bank, Petrobras, Exxon, Banco de Chile, culture et business pour la lutte contre la pauvreté en Amérique latine),
- du John M.Olin Institute for Strategic Studies (S.P. Huntington, la violence n'émerge que des conflits ethniques),
- du Weatherhead Center for International Affairs (les Etats-Unis, héritiers de la légitimité impériale chinoise des Qing, romaine et britannique),
- du Council on Foreign Relations,
- de Rand Corporation,
- de la Trilateral Commission ,
- du Wolfsberg Group of Banks, chargé du programme de sécurisation des marchés des banques mondiales privées : UBS, Citibank, Deutsche Bank, Credit Suisse Group, Goldman Sachs, HSBC, JP Morgan Private Bank (Mark Pieth, Gemma Aiolfi, conseillers-chercheurs du Wolfsberg Group inspirés par le "Jules Cesar" de William Shakespeare écriront : "The private sector becomes active : the Wolfsberg process...").

Inspiré par le néomoralisme de la nanobiotechnologie transhumaniste capitaliste la Fondation philanthropique Ishida financera ’galement le très sérieux programme humanitaire de recherche des personnes portées disparues dans les conflits armés du Comité International de la Croix Rouge ainsi que le programme de recherche du Dr. Markus A. Rothschild du Centre de Recherche Médicale de l'Université Goethe de Francfort sur les critères de l'identification normalisée, les systèmes normalisés de collecte de données ante mortem et la gestion globale des dépouilles mortelles.





BREVE STRATIGRAPHIE DU CAPITALISME CLANDESTIN JAPONAIS DE L'ERE HEISEI ET DE L'INSOUPCONNABLE AFFAIRE R.J.REYNOLDS, CAMEL, FINE TOBACCO INC.


Shigetoshi Ishida qui avait toujours défendu la peine de mort était, ironie du sort, en prison pour meurtre. Il avait cependant toute liberté dans sa cellule et autour de la prison, dans la région et au delà jusqu'à Tokyo.C'était une preuve d'ouverture, sans doute, de la politique pénale du nouveau gouverneur de Miyagi, Shiro Asano (homme anti-corruption par excellence au service de la justice criminelle, sans parti). Une politique qui faisait cependant défaut aux "agités" auxquels on écrasait les avant-bras à l'aide de poignets de force ventraux sanglés par d'épaisses ceintures de cuir bouclées aux reins. Ceux qui étaient incapables "de faire silence" avaient droit à des muselières.

Assis dans un fauteuil ordinaire, habillé d'un kimono ordinaire dissimulant le tatouage emblématique d'un banc de thons plongeant dans des eaux noires soulevées par les dieux du vent et de la foudre Shigetoshi Ishida assistait (il avait droit à la télévison) au déroulement de sa nébuleuse histoire. NHK et TV Asahi diffusaient en boucle de longs documentaires biographiques. Shigetoshi Ishida était un parrain politique omniprésent : pêche, banque, industrie civile et militaire, bourse, recherche, art, philanthropie.
Les historiens Masao Ishimito et Yoichi Dando le comparaîent à Ryoichi Sasakawa, affairiste politique multimilliardaire, fondateur du Kokubosha, Société -fasciste- de Défense Nationale (1927) et du Kokusui Taihuto, parti des Masses des Peuples Patriotiques d'inspiration mussolinenne (1931). Sasakawa avait été le protégé de l'OSS, de la CIA, des forces militaires d'occupation durant la période de collaboration pour la persécution du communisme entre 1946 et 1952 et avait financé (tout comme Ishida) le PLD, principale formation politique du pays. Sasakawa conduira à la tête de l'Etat les premiers ministres Sato (1964) et Tanaka (1972).
Le bienfaisant Sasakawa dont le pouvoir absolu sur les institutions inspire toujours les syndicats du crime, les affairistes et les familles politiques installera l'ex-premier ministre Nobusuke Kishi (père du Traité de Sécurité Mutuelle nippo-américain de 1960) à la tête de la Fédération des Organisateurs de Courses de Hors-Bords. Une fédération qui réalisera pour la seule année 1994, 2000 milliards de yens (14 milliards d'euros) de chiffre d'affaire.(3)
Sous la haute protection d'Hirohito (avant et après la guerre sino-japonaise de 36) Sasakawa fondera un empire économique autoritaire par les moyens de l'extorsion militaire, de la torture, du meurtre de civils, du pillage des provinces socialement et économiquement destructurées de la Chine du nord, de la Mongolie, de la Mandchourie (Manchukuo fictif), aux côtés de Yoshio Kodama, chef yakuza de l'organisation fasciste Kodama Kikan, spécialiste de la lutte anti-communiste couvert de louanges par l'OSS, la CIA, le gouvernement impérial, le parti libéral démocrate...

NHK 1

Sumitaka Harada, chroniqueur judiciaire, dévoilera par contre, et contre toute attente, comment Shigetoshi Ishida (pair de la nation pour certains) était impliqué, au delà du meurtre du député communiste Ishii Kazuo, dans le commerce international de cigarettes de contrebande.
Il évoquera les contrats passés avec R.J. Reynolds, Brown & Williamson, n°4 mondial des ventes clandestines de tabac. Un géant bien connu des spécialistes du tabac qui traitait sans intermédiaire avec le cartel colombien Medellin, le roi du Maroc et Saddham Hussein.
A cela s'ajoutait les enquêtes du département américain de la Justice auprès de Fine Tobacco Inc.(filiale du groupe Ishida au Nouveau Mexique) et de R.J.Reynolds pour le détournement du Racketerring Influenced and Corrupt Organization Act et les multiples accusations de la commission Mitchell de la Food and Drug Administration contre Camel, Fine Tobacco Inc., R.J.Reynolds pour fausses déclarations sur la toxicité effective de leurs produits conçus avec du tabac prohibé Y1 (tabac brésilien à très forte teneur en nicotine).
Une commission d'enquête parlementaire socialiste et communiste européenne pour la lutte contre la contrebande et les blanchiments en Europe établira de son côté un rapprochement entre le meurtre du député communiste japonais Ishii Kazuo (président de la Commission Parlementaire pour le Contrôle et la Répression de la Délinquance Financière et des Blanchiments de Capitaux au Japon) et le tout récent assassinat du 1er ministre serbe Zoran Djincjic.
Les observateurs noteront que Zoran Djincjic aura été le premier homme politique a dénoncer publiquement (très hypocritement du reste) les liens existant entre Milosevicz (?) et les projets industriels internationaux de construction de pipe-lines et de gazoducs américain, allemand, français, reliant le Caucase, la mer Caspienne, l'Asie centrale via le Kosovo à l'Europe du Nord (sous la "protection" des marines et des mercenaires du camp de Bondsteel construit et entretenu par Brown & Root Services -premier employeur au Kosovo et filiale d'Halliburton), et à dénoncer les réseaux clandestins de vente de tabac japonais et américain, première source de revenus en Serbie, au Monténégro, en Croatie.

TV Asahi 1

Makoto Yokoyama, criminologue de l'Université de droit d'Hokkaido et spécialiste des affaires de blanchiment en Europe, alertera l'opinion sur les conséquences sociales de la guerre que se livraient depuis dix ans les réseaux illégaux de vente de tabac des multinationales Fine Tobacco Inc.et Japan Tobacco sur le marché clandestin contrôlé par les maffias serbo-croate, yougoslave, russe. Yokoyama démontrera que les réseaux de cigarettiers se multiplieront méthodiquement en bousculant la demande effective de tabac conjointement à la progression géométrique et autoritaire des plateformes internationales de blanchiment d'argent sale.En 2004, l'achat de tabac industriel par les seuls bénéfices tirés de la cocaïne et de l'héroïne représentera 40% du volume globale des ventes mondiales.
Le professeur Yokoyama sera par ailleurs l'un des premiers chercheurs à pouvoir confirmer que les grandes marques : Camel, RJR, Fine Tobacco Inc. (Fine T.) seront les principaux catalyseurs de la faisabilité du crime organisé lié au tabac en Afrique du nord, au Moyen Orient et en Europe centrale et les pivôts indispensables aux narcomarchands colombiens, portoricains, chiliens, en Allemagne, en Espagne, en France (en concurrence cependant avec le marché populaire du haschich marocain protégé par la DST, Sécurité du territoire).
L'argent sale blanchi par l'industrie du tabac sera transféré, malgré les plaintes réitérées des Etats sur des comptes à numéros en Suisse, au Lieschtenstein, au Luxembourg.
Aujourd'hui, dix états européens porteront plainte en justice aux Etats-Unis contre Camel, Fine Tobacco Inc. et R.J.Reynolds pour crime de blanchiment. Le département américain de la justice poursuivra les trois groupes pour exportations illégales, détournement des lois anti-trust, émissions illégales d'actions, fixations illégales de prix et crimes de blanchiment.

Katsumi Segawa, parlementaire communiste japonais et commissaire enquêteur, confirmera que Shigetoshi Ishida, en appui sur plus de 200 filiales, représentait un obstacle majeur au développement du trust concurrent Japan Tobacco sur le marché des ventes clandestines dans les balkans, à Chypre, en Russie.
Katsumi Segawa, également rapporteur officiel de la Commission pour la Lutte contre le grand banditisme et les activités criminelles des maffias japonaises, russes, américaines, européennes dénoncera l'implication de 40 900 entreprises commerciales légales occidentales dans des affaires criminelles.
Seront recensés : 449 banques, 37 places boursières, 678 marchés financiers, 566 joint-ventures. Le député Segawa déclarera que 50% de la capitalisation et 80% de la vie actionnariale russe étaient désormais sous le contrôle des syndicats du crime...

Kiyoaki Hirata, chef de la Brigade financière des affaires criminelles de Tokyo révélera plus tard des liens de "réciprocité" tissés par Shigetoshi Ishida, Vyacheslav Ivankov dit "Little Japanese", parrain de la maffia russe aux Etats-Unis, extradé vers la Russie en juillet 2004 et Sergei Mikhailov dit "Mikhas" (retenu dans une prison suisse pour meurtre), chef des organisations moscovites Dolgoprudnenskaya et Solntsevskaya spécialisées dans les ventes d'armes, les drogues dures, les extorsions.

TV ASAHI 2

L'enquêteur judiciaire Kaoru Uno dévoilera que Fine Tobacco, Camel, R. J. Reynold, Brown & Williamson (avant sa fusion avec Reynolds) faisaient l'objet de plaintes déposées par l'Organisation Mondiale de la Santé (libérée de la direction frauduleuse du Dr. Hiroshi Nakajima qui devra son mandat au lobbying de la Fondation Sasakawa) et par le Parlement Européen; les deux institutions internationales dénonçant le caractère illégal des bénéfices dégagés par les quatre multinationales et, de fait, le caractère dangereux des messages publicitaires adressés aux populations mineures âgées de 3 à 16 ans.
Les concepts d'animation pour enfant de l'industrie du tabac "Joe Camel" (vedette mondiale des enfants de 3 à 11ans depuis 1988), "Baby Sumotori", "Shindo Baddo"(sindbad) et "Little Fuji" (héros depuis 1990-1991, en fait depuis le début de la guerre du Golfe) "symboles et mythes attracteurs dangereux liés à des entreprises poursuivies par la justice internationale"feront l'objet d'une campagne mondiale d'accusation soutenue par les organisations de la santé et la Fédération Internationale Anti-Tabac.

L'écrivain Yasumasa Nagamine (ex-policier, consulté en 1992 par le Parlement pour la composition de l'Act for Prevention of Unlawful Activities by Boryokudan Members -yakuzas et gangs criminels) et dont le père avait été un célèbre yakuza chargé des ventes clandestines de tabac pour le compte de la famille Sumiyoshi-Rengo-kai du Kanto diffusera un enregistrement datant de 1994. Un document d'une exceptionnelle lisiblité qui soulèvera l'opinion japonaise contre James W. Johnston, président de R.J.Reynolds.
J.W. Johnston déclarera à Vienne, lors du congrès mondial des professionnels du tabac "TABEXPO" et devant 360 compagnies :
"(...) Si nos plus grands ennemis sont les lois des Etats, l'Organisation Mondiale de la Santé, les Droits de l'Homme et les ONG altermondialistes notre plus grand avenir relève de notre stratégie. Fermons les yeux sur les effets prétendus du tabac, attachons nous davantage à la création de mythes et de symboles, école des valeurs de simplicité, de liberté, de confiance, d'agrément. Pour les 18-24 ans, il faudra retenir "l'homme Camel ou le cow-boy Camel" de Spencer Plavoukos de Lintas Worldwild, notre agence, et pour "l'homme Winston" : "le coup de foudre entre un homme et une femme". Notre objectif, insuffler dans toutes nos productions la saveur authentique de l'Amérique : Lone Ranger, la 5ème avenue, Alcatraz.
" (...) Je souscris par ailleurs aux propos de mon ami Bo Aulin, vice-président au contentieux et aux affaires publiques de Swedish Tobacco et à ceux de mon autre très bon ami : Walker Merryman, vice-président de l'Institut du Tabac américain. Mes deux amis disent (et j'écoute toujours mes amis) : nos opposants sont des fanatiques, auncun million de dollars ne sera en trop dans notre lutte contre les anti-tabacs. Les moyens politiques traditionnels et le lobbying ne suffisent plus. La clandestinité et les ventes clandestines sont inévitables! Si nous ne faisons rien, nous pouvons être sûrs de voir fondre nos recettes et d'êtres descendus dans la rue par les fanatiques de la santé !"





Shigetoshi Ishida, énorme, grimacant, contrarié par la puissance du "typhon 12" pensait au Gods of Wind and Thunder, au port privé, aux arbres taillés par Daiun. Daiun, en tant que moine bouddhiste, avait encadré de nombreux officiers de l'empereur durant la seconde guerre. Il disait toujours : "Si vous voyez l'ennemi vous devez le tuer, vous devez détruire le faux et établir le vrai. Ce sont les points cardinaux du zen et du zazen de combat. Il est dit que si vous tuez quelqu'un, il convient que vous voyiez son sang...."

Le "typhon 12" broyait tout du nord au sud tandis que le pays était soulevé d'est en ouest par le Miyagi-oki, une secousse sismique de magnitude 9 dont le point origine se trouvait au large de la baie de Sendaï.
Ishida se rappelait le meurtre du député Ishii Kazuo. Il éprouvait un profond contentement. Il associait très rationnellement le meurtre à un courant d'air frais patriotique. Un coup de feu en pleine tête et le traître s'était effondré. De sa guerre contre le communisme il n'y avait plus rien à dire sinon qu'il haïrait à la façon du vieux Daiun le communisme et les communistes, et ce, puisque le Paradis Zen lui était garanti, jusque dans la mort.

Tatashi Yamada, son secrétaire, avait appelé la police comme convenu. Il avait dit : "tout est en ordre". Le commissaire principal Tosaka s'était fait remplacer par un ancien de la police municipale. Shigetoshi Ishida connaissait tous les anciens. Ils avaient grandi ensemble... Fukushima, Soega, Maeda, Okamoto, Sakurai.
C'était une attention respectueuse. Il y avait eu beaucoup de saluts protocolaires puis la police criminelle avait déployé une longue et large bâche bleue à l'entrée de son palais dérobant ainsi le lieu du meurtre aux curieux et aux caméras de télévison.

Au Miyagi-oki succéda un tsunami qui projeta les chalutiers de nombreuses coopératives les uns sur les autres. Sur douze navires que comptait la coopérative des Amis du Peuple et de la Mer six avaient été endommagés, trois s'étaient abîmés. "Le Marx", le chalutier de Saito Masao, avait également sombré.
Les marins du Comité Régional avaient tenu conseil auprès des pilotes Tanaka et Yamada Shunpei à Shiogama. Ils avaient évalué les dégats, les cotisations et s'étaient préparés à affronter les assureurs, les banques, les municipalités, les préfectures, les juges, le gouvernement. Deux délégués coordinateurs étaient restés au téléphone (les comptes rendus des autres comités) puis avaient rédigé le journal des activités, quelques lettres pour le comité du parti, la direction du syndicat national et la presse.

Il ne se passait que de petites choses, ils en avaient conscience, mais la conscience militante ouvrière de ces micro-évènements exercait une force de levier supérieure à celle de la dynamique de crise qui conduisait l'homme seul au suicide. Elle permettait, pour ainsi dire, d'absorber cette dynamique et d'en faire une force de résistance et de lutte sociale. Ainsi, beaucoup de choses pouvaient encore changer. La pression exercée par les luttes contre toutes les formes d'injustice ou de fatalité avait cimenté des relations sociales durables entre les différents acteurs, groupes par groupes, secteurs par secteurs, régions par régions et forgé d'authentiques collectivités, d'authentiques droits.
L'empereur, le gouvernement, les patrons aveugles (les classes dominantes) avaient appris à douter et ce doute avait rendu la mer moins dure et les pertes moins lourdes même si la mort d'un pêcheur et la perte d'un bateau étaient des drames qui ne s'effaçaient jamais. La coopérative avait rendu le travail précieux, les cartes maritimes falsifiées par l'empire, l'armée ou écrites en une langue patronale inconnue, celle du droit, des lois et des réformes, pouvaient être désormais corrigées, décodées, comprises.
Certes, beaucoup de pêcheurs non alphabétisés soulevaient encore les vagues avec les poignets, les filets avec le cou, les épaules, les reins, en naviguant aux étoiles. Mais c'était cela la valeur des anciens. Le métier et le droit fondamental à la vie vivaient en eux même si, au bout du compte, les capitulards érudits et militaristes retombaient sur leurs pieds avec des chaussures neuves, des bateaux neufs, des voitures neuves, des maisons neuves et cultivaient du mépris, symbole de la maîtrise absolue du temps, des vents, des courants marins, des pêches.
Même si l'obsession du marché unique asiatique (finalement celui des zones urbaines) était forte, si elle entraînait les nuages, l'océan, le compas dans le sens opposé aux maîtrises, les ouvriers de la mer de la région nord tenaient bon.
"La révolution sociale! disait Saito Masao. L'Etat industriel ne peut s'opposer à la douleur et l'histoire ne résiste jamais au peuple ouvrier dans ses droits!"
Pour Saito Masao, le marxisme permettait de braver les idées fausses brassées par le capitalisme et l'égoisme. La lutte ouvrière stimulait l'esprit de l'homme, les relations sociales et la loyauté ouvrière de l'homme envers l'homme. Le combat n'était inégal qu'en apparence. Les forces capitalistes avaient édifié leurs constructions sur des bases familiales, corporatistes et théoriques absurdes. Elles s'effondreraient, tôt ou tard, comme autant de chateaux de sable sous le poids des contradictions. Le pouvoir sur le vent, la foudre, les courants marins et les pêches serait toujours entre les mains des plus pauvres.

Tanaka et Yamada Shunpei étaient les plus vieux navigateurs des Amis du Peuple et de la Mer.Tanaka avait 78 ans et Yamada Shunpei 82 ans. Ils avaient dépassé la limite d'âge depuis longtemps.Mais la solidarité entre marins et le combat contre les nuisances de l'industrie qui incitaient à vendre, à changer de métier, à disparaître l'emportaient sur les défaites, l'épuisement et le suicide.
Les plongeuses (ama) était un bon exemple de maîtrise et de survie. A 90 ans, elles descendaient un filet au cou pour dénicher le homard, l'oreille de mer, l'huitre, les meilleurs algues... On les appelaient un peu partout les "vierges de la mer". Elles boitaient, pliées comme des équerres et souvent étaient aveugles. Une fois dans l'océan, elles s'enfonçaient et nageaient comme des loutres. Les vieux marins même s'ils étaient hommes et formaient un monde à part aimaient les "vierges de la mer".
Il s'en trouvait toujours un pour raconter les fonds, cet autre monde exploré par les femmes. Un monde que les filets effleuraient avec peine puisque les marins étaient au dire des vierges de piètres plongeurs et de très mauvais nageurs. Les vierges de la mer disparaissaient... Elles remontaient avec une oreille de mer géante ou un bloc d'oursins. Les vieux de la petite pêche plongeraient eux aussi, demain, après demain, après avoir brûlé leurs morts, leurs bateaux, dans les vagues, jusqu'à la fin, jusqu'à ce que l'injustice cesse.

Shigetoshi Ishida changea de chaîne. NTV diffusait des images de navires nord-coréens débarassant le Japon de ses vélos cassés ou abandonnés, des centaines de milliers chaque année. Le commerce était lucratif mais seules les maffias coréennes et japonaises en contrôlaient la bonne marche. De ce commerce l'opinion ne retenait que les kidnappings de japonais. Les kidnappés, disait-on, devenaient les esclaves sexuels des patrons et des militaires coréens ou même étaient mangés. La situation n'était guère différente au Japon où l'on baisait et mangeait de l'homme comme l'on mangeait de la baleine, du requin ou du dauphin...

Shigetoshi Ishida inspira profondément.Il se leva en roulant des épaules, deux pièces de thon bien coupées.Son kimono ordinaire glissa sur ses bourrelets tatoués puis il s'effondra épuisé sur l'unique fauteuil de la cellule. Il affichait une moue dubitative bien que traversé par un sentiment contraire, primesautier, celui de vivre au temps de ses premiers combats contre le communisme qu'il avait également cherché à vaincre, en tant que sumotori, sous le célèbre dôme du Kokugikan.

... Takehisa Awaji, lieutenant-juriste de Shigetoshi Ishida, eut l'idée de dissimuler de l'explosif militaire dans la cale avant de l'épave du "Marx". Il était aisé, en effet, d'en dérober au dépôt départemental... Une accusation portée contre le marin Masao pour vol de matériel de guerre auprès des amis militaires, policiers, espions, une lecture médiatique des lois d'urgence par le ministre de l'intérieur, un rappel du "mal communiste" par le 1er ministre et les syndicats patronaux nationaux-militaristes, un magistrat partisan et un tribunal "maison", un quotiden patriotique complice et "cette salope de rouge" (Masao) reçevrait le coup de couteau qu'elle méritait.


... Bien que la porte de la cellule soit blindée l'on pouvait entendre parler. Les taulards faisaient la queue pour présenter respects et doléances.Ishida avait été prévenu par Yochida le gardien-chef après que Noda, le directeur, un ancien du bureau de la police régionale, lui eût remis une enveloppe blanche très légère.


« fin »

Notes
:

1- Beaucoup de lecteurs m'ont demandé "si ce n'était pas risqué de citer des hauts-fonctionnaires japonais et américains encore ou ayant été en fonction". Je ne dis pas que l'auteur à tous les droits, je dis seulement qu'il en a certains. Ici se mêlent faits d'histoire et de fiction, les noms de fonctionnaires ou de chefs d'entreprises ne sont pas cités à des fins de calomnies ou diffamatoires. Il n'y a pas je pense ici matière à calomnie ou à diffamation. Les personnages historiques (un haut-fonctionnaire japonais ou américain est pour moi historique même si personne ne le connaît, j'invite ici à plus de critique quant aux expressions "homme d'histoire" ou "homme d'Etat") sont mis en scène dans un souci de critique sociopolitique et sociohistorique, et nom à des fins individuelles calomnieuses. Opposé à la logique positiviste et systémique que la plupart des hommes au pouvoir servent je m'interesse au contexte théorique ou idéologique qui façonne les hommes et leur détermination. Ce qu'ils deviennent concerne bien l'histoire et les peuples au premier chef. Il y a parfois dans mon texte des situations burlesques elles concernent la fiction autant que la réalité. Je compare par exemple les forces d'autodéfense japonaises (Jietaï) à la cavalerie américaine. Il n'y a pas là non plus bien que je sois anti-militariste et pacifiste convaincu matière à calomnie ou à diffamation, où même atteinte à l'intégrité d'un corps d'armée. Cette question de la "cavalerie" et de "l'atteinte à l'intégrité d'un corps d'armée" relève au regard de l'histoire d'un point de vue critique concernant le dangereux et le bien commun. Quand tout va mal, que les hommes réagissent comme des guerriers ulcérés et divisent les nations en deux camps ennemis : traitres ou patriotes, il ne faut pas reculer. Il faut défendre quoiqu'il en coûte la paix et le désarmement...Je dirai encore que je suis pour une défense nationale civile non violente et sans armées. Quant à la critique du 1er ministre Koizumi et de sa famille "intime" des Bush je la mets au niveau de celle du clan Bush, pas moins. Cela relève de la liberté de conscience et d'opinion, liberté constitutionnelle. Le grand père de Koizumi sera bien surnommé "tattooed minister"...


2-Je me suis livré à une présentation succinte de quelques articles de la Constitution du Japon. Je soutiens l'actuelle Constitution et la plupart de ses articles, non le premier article consacrant l'Empereur symbole de l'Etat mais ceux qui défendent le désarmement (art.9), les libertés fondamentales ou qui invitent à une lecture approfondies de nos libertés constitutionnelles au Japon; je dis "nos" puisque je vis au Japon. Le lecteur peut donc se reporter à certains d'entre eux comme au droit à la poursuite du bonheur et à la liberté "la liberté et les droits sont garantis au peuple par la constitution et préservés par les soins du peuple lui-même...Il lui appartient de les utiliser en permanence pour le bien-être public". Je défends aussi le droits au travail (précarisé) et à la propriété individuelle bien que je ne sois pas propriétaire mais locataire d'un pavillon HLM (anticapitaliste je souhaite ne pas être propriétaire); dans ce combat je soutiens un droit fondamental très malmené par la justice et les droits des grosses entreprises ou des multinationales, il y a une forte jurisprudence qui soutient mon accusation. J'ai utilisé dans ce texte une traduction française provisoire de la Constitution recommandée par le Ministère des Affaires Etrangères du Japon à Tokyo diffusée en annexe d'un article de 1988 du Professeur Tadakazu Fukazé, professeur de droit à l'Université d'Hokkaido :"Les juges et les grands choix politiques et administratifs de l'Etat, droit constitutionnel Japonais". Un texte publié dans les "Etudes de droit japonais" de la Société de Législation Comparée de Paris et du Centre Français de Droit Comparé. Ce choix n'est pas anodin puis qu'il relève d'institutions ou d'instances au regard du langage conservatrices ou libérales que je critique et avec lesquelles je suis en totale opposition.

3- Cette note concerne l'histoire proprement dite. Il est de notoriété publique au Japon que c'est bien le ministre Nobusuke Kishi qui a placé le mafieux Sasakawa à la tête de la Fédération des Organisateurs de Courses de Hors-Bords. Pourquoi ai-je inversé cette vérité, sans doute parce qu'il n'y a pas vraiment de vérité absolue ou de témoignage absolument fidèle en histoire dans un contexte de dérégulation économique ou de libre-échange, parce que le jeu des échanges et de l'économie marchande est faussé, sans doute parce qu'il n'y a aucune réflexion sérieuse en dehors du Capital de Marx sur le travail, la monnaie, la marchandise et qu'au regard de l'histoire criminelle japonaises et de l'histoire des institutions et des partis politiques au Japon il s'est plus souvent trouvé des ministres et des parlementaires portés par des yakuzas à la tête du "Casino Japonais" (l'Etat Japonais et son parlement) que l'inverse. L'Affaire Nobusuke Kishi/Sasakawa/Fédération des Organisateurs de Courses de Hors-Bords est à mon sens l'une des plus grosses aberrations que l'opinion japonaise ait encore à supporter. L'absurde tourne à mon sens au cauchemar, pas besoin d'être écrivain pour le savoir. Le "Casino flottant" (un de plus) sera une nouvelle future.



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