Notes et Commentaires : Chapitre 1    [notes 1-3]

[1] Hinayana

[2] Mahayana

[3] Totalitarisme, national communautarisme religieux, propriété, et bouddhisme rituel d'Etat
1- Les limites de la morale nationale en tant que système éthique de la nation et Voie des Dieux
2- Approche de l'hindouisme, pour une mosaïque ethnique et un pluralisme confessionnel préservé des nationalismes religieux et de la dogmatique "aryenne"
3- Les oeuvres juridiques indiennes, bouddhistes et musulmanes reflets des besoins réalistes du corps social, des conflits, de la géographie, de la démographie, des croyances populaires
4- La question des manuels scolaires, l'histoire officielle falsifiée ou la religion d'Etat imposée, survivance et tentation des anciens modèles totalitaires
5- L'espace public selon Habermas et la société civile bouddhiste passée et contemporaine
6- L'influence du Rite et des Rituels confucéens dans l'organisation de la société politique, économique et rurale traditionnelle


1- Hinayana : premier véhicule bouddhiste dit des Saints "Ahrat" ou des "Anciens" du Sud et du Nord de l'Inde, de Thaïlande, de Birmanie, de l'asie du sud-est... défenseurs historiques de la Charte du libre examen, concerne une centaine de millions de pratiquants dans le monde (Internet note 66).

2- Mahayana : second "véhicule de l'éveil" dit du "Bodhisattva", se targue d'humanité, d' éthique médicale, de pédagogie conformément aux lois enseignements bouddhistes "Dharma"; se dit "gratuit" ,"outil des pauvres et des êtres en difficulté", en fait il n'apparaît que rarement sous cette forme (note 57, 65 Internet note 66).

3- Totalitarisme, national communautarisme religieux, propriété, et bouddhisme rituel d'Etat

: concerne l'aspect déviant "national-communautariste" (voir ch.XIV) du bouddhisme mahavajrayana (3ème véhicule bouddhiste de la dogmatique de la vacuité) en tant que "système religieux, politique, commercial et juridique complet, indivisible, ne reconnaissant aucun mérite religieux en dehors du contexte juridique de la Loi religieuse et de la "servitude volontaire" étendue à l'ensemble du système social.
"Sacrée et divine" elle a généralement pour caractéristique de ne pas reconnaitre le principe d'autonomie de la volonté, le droit des personnes ou le jugement personnel. Ne sont cependant pas soumis au même régime de servitude les héritiers, les propriétaires fonciers et les détenteurs des richesses... Introduction critique et notes 4, 9, 10, 27 etc.".

- I -
Les limites de la morale nationale en tant que système éthique de la nation et "Voie des Dieux".

La Loi sacrée est le support unique de l'"Etat-divin" animé par une "hiérarchie" de "fonctionnaires laïcs et religieux" (dans le contexte catholique lire les "Fonctionnaires de Dieu" de Drewermann, clerc, théologien, psychanalyste, hérétique allemand du XXIème siècle, excommunié par Vatican, Albin Michel 1993) reconnus par le seul représentant de Dieu, des Dieux ou des Bouddha, parmi les hommes. Un Dalaï Lama, un régent, un chef de lignée, sont tenus pour des "Dieux vivants", des "non-humains" ou des réincarnations de Bodhisattva; il existe de nombreuses réincarnations, celles par exemple d' Avalokitesvara, de Manjushri, de Samanthabadhra, de Baishajyaguru ou de tout autre bodhisattva, exerçant de nombreuses fonctions publiques traditionnelles.
Le Dieu ou le "bodhisattva" réincarné dans le contexte traditionnel tibétain établit les limites individuelles de la vie religieuse, de la propriété, de l'économie et de la vie sociale avec obligation de reconnaitre la "hiérarchie administrative et religieuse des fonctionnaires, de leurs groupes ou familles". Cette obligation relève du principe de servitude dite "volontaire" étendue au système social dans son entier (comme de "l' union tantrique" : union à l'énergie divine représentée par une épouse royale métaphysique et dont le rapport à l'homme croyant et à son droit par la foi (?) est codifié et transmis rituellement au maître par d'autres maîtres reconnus corps occultes de la divinité; le moyen de la transmission consiste également en le texte secret caché ou tantra).
Le maître au Tibet a le pouvoir du juge dans le monde, il est : Rimpoche ou "l'éclat inégalé semblable à Padmasambhava : le "né du Lotus" (ou Lama : "le poids, ce qui pèse" en tibétain ou le maître confirmé - sur la base fondamentale prénatale, en fait, de l'expérience sensible de la gravité), seul juge capable dans les affaires humaines ("vajra" en sanskrit : foudre-diamant), ayant le droit reconnu et su (parfois écrit) : "de vie et de mort sur ses sujets". Ce contexte traditionnel religieux, politique et juridique du "dictateur spirituel" est toujours vivant dans la sphère privée ou s'applique la "loi unique absolue", contenant toutes les lois morales, les obligations et les interdits.
Rappelons que Padmasambhava, Guru étranger, demande le trône au Roi du Tibet, le Roi refuse. Padma devient malgré tout Chef Suprême de l'Etat religieux devant le Roi. Il prédit la mort du Roi. La "Roue du Dharma" (les enseignements bouddhistes) devient la Loi Unique pour tous les sujets.
Au Tibet, mais en fait partout ou le Vajrayana est institutionnalisé, la servitude volontaire étendue au corps social dans son entier, signifie bien que les objets rituels et ordinaires, toutes choses et tout homme sont perçus comme le corps du guru. Il est dit : "ni homme ni chose ne sont sans maître".
"Au Japon, écrit le professeur Shimazono Susumu, l'Empereur Meiji lui même, en 1868, prône une prise de conscience morale de la part des sujets à l'égard de l'empereur considéré comme le chef spirituel (voir aujourd'hui la position d'un Dalaï Lama imposant progressivement le concept de "Pape incontesté du bouddhisme mondial" et même celui de "chef de l'Eglise Bouddhique" ou "de chef incontesté des familles bouddhistes dans le monde" dans le Washington Post feb.14, 2000, "discours de Lodève" France 2001, et C.S. Stevenson (biographe officiel du Dalaï Lama, "Le Seigneur du Lotus Blanc : le Dalaï Lama", ed. Lieu Commun, 1984).
Kennyo Shônin (1543-1592) du Jôdoshinshû, onzième chef de la secte, qui succéda à son père Shônyo en 1555 à la tête du Hongan-ji à Osaka, portera le titre honorifique de "Pape", Hossu, (Louis Frédéric).
Il conduisit (lui et sa famille) plusieurs génocides religieux (reconnus guerres saintes) en affrontant (ou en faisant combattre au nom du pouvoir du Jôdo-Shinshû institutionnel) Tokugawa Ieyasu (1543-1616), fondateur de la lignée des Shogun, seigneurs de guerre.
Ce dernier fut victorieux contre le Jodo-Shinshû (et les moines-fous) en 1563.
Le Jôdoshinshû affrontera encore le guerrier Toyotomi Hidéyoshi (1536-1598). Toyotomi Hidéyoshi éliminera les moines-guerriers, sohei. En fait, la vocation religieuse du Jodo-Shinshu sera vouée l'échec, selon une certaine lecture du fait religieux criminel, par les ambitions impériales du "Pape bouddhiste". Le génie politique déviant du Hossu, avide et manipulateur, ira jusqu'à défier Oda Nobunaga "le terrible", premier unificateur du Japon (1534-1582), dont Toyotomi Hidéyoshi est l'un des lieutenants.
Kennyo Shônin, "Pape bouddhiste", chef de la très puissante "Ligue (politique et religieuse) de l'Idée Unique", Ikko-ikki, (en fait serfs des domaines agricoles du Jodo-Shinshu) espèrera une autorité religieuse, politique et économique accrûe, égale à celle offerte par l'empereur aux seigneurs Damyo, guerriers et princes de cour.
Il n'hésitera pas à provoquer par des alliances politiques contre nature (raison pour laquelle nous évoquons le génocide ou le martyr) le seigneur de guerre Toyotomi Hidéyoshi, ennemi des "empereurs saints", en 1576 et en 1580.
Toyotomi Hidéyoshi soumettra le Ishiyama-Déra, lieu saint occupé par les "armées du Ikko-ikki", nouveau massacre.
Oda Nobunaga, un an plus tôt, en 1574, brûlera vif 20 000 religieux du Jodo-Shinshu.
Oda Nobunaga, qui n'en est pas à sa première action contre les moines et les paysans guerriers, ji samouraï, réduira également les prétentions territoriales et politiques du temple de l'Ecole Tendaï : "Enryaku-ji".
En 1571, il passera 3000 moines par le fil du sabre (l'actuelle population monastique de Tendaï sur le mont Hiei).
Toyotomi Hideyoshi massacrera encore en 1585 les moines-guerriers d'une autre confrérie politique ou congrégation bouddhiste, celle du temple Shingi Shingôn-shû ("Vraie Parole"), "Dai dembo-in", fondé par Kakuban en 1130 et construit vers 1286-1288.
Cette école fut introduite depuis la Chine au IXème siècle par le célèbre Kukaï et appartient au courant ésotérique mikkyo - équivalent de l'ésotérisme de Tendaï-shû, mahavajrayana.
Rennyo Kenju (1415-1499) "huitième Pape ou Hossu" du Hongan-ji de Kyoto, essuiera lui aussi des attaques en 1465 dirigées par les moines confrères du Mont Hiei, défenseurs des empereurs.
Le Hossu ou "pape bouddhiste du Jodo-Shinshu" était déjà leader politique de l'organisation temporelle "Ligue de l'Idée Unique", Ikko-ikki...

Si la devise guerrière d'Oda Nobunaga le terrible fut "Tenka Fubu" : "l'empire sujet des militaires", l'empereur Meiji, au XIXème siècle (après des siècles de domination militaire et shogunale) se voudra occuper la position de pivot spirituel dans l'éducation du peuple japonais. Cette conception imprégnera profondément la pensée des japonais jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale (1945). (Graduellement) une enveloppe morale érigera en système la loyauté envers l'empereur.
Inoue Tetsujirô nomme "morale nationale" le système éthique de la nation".
Le concept de "religion d'Etat" que nous utilisons est emprunté au professeur Shimazono Susumu et à son essai (de 1993) consacré à Inoue Tetsujirô (1855-1944) théoricien de la religion d'Etat au Japon.
"...le "mouvement de la morale nationale" qui supporta, jusqu'à la défaite de la seconde guerre mondiale, l'idéologie de "l'essence nationale" ou kokutaï "corps national", ou esprit ethnique du Japon, "esprit du Japon : Voie des Dieux" trouva son équivalent d'après guerre dans les nippologies ("Introduction à la morale nationale", 1912, "Esprit de l'Immuable et idéaux de notre peuple", 1941 par InoueTetsujiro, et " Mouvement de la morale nationale", par Winston Davis, 1992).
Cette vue nous semble très suggestive pour examiner l'histoire de la "religion japonaise" (ou l'évolution des "religions nationales"). Il va sans dire que les nippologies sont les héritiers d'une partie du "Shintô d'Etat".
Cette religion polythéiste prébouddhique de type chamanique vénèrent les kami (forces de la nature ou être supérieurs dont les esprits sont sensés habiter des objets, des hommes, des animaux ou des végétaux).
Elle établit par ailleurs que le Tennô, l'Empereur, est un descendant du Dieu du Japon; le Dieu et son descendant établissent les qualités et les limites de chaque être sur Terre.
Le "Shintô d'Etat" place en son centre le concept d'"essence nationale"; il en va de même pour le bouddhisme ritualiste "d'Etat" (monarchie et empire) en Chine, au Tibet, en Corée ou au Japon, "ni objet ni homme ne sont sans maître" du VIIIème siècle à nos jours.
Un savant moderne, Murakami Shigeyoshi dans son ouvrage "Shintô d'Etat" parle de "dogme de l'essence nationale", 1970.
De fait, la forme première de la théorie sur la "religion japonaise" si vivement débattue dans les années 1880, apparaît au moment ou le "Shintô d'Etat" s'établit de manière systématique (particulièrement sous la férule du professeur de philosophie Inoue Tetsujirô, de l'université impériale de Tokyo, conseiller spécial du ministre de l'Education Nationale Yoshikawa Akimasa, 1890)".
Inoue Tetsujirô est également un fervent scientiste nationaliste défenseur d'une religion universelle qui se dégagerait de l'effondrement du christianisme, du bouddhisme, de l'hindouisme, du shintoïsme, du judaisme et de l'islam "mais tout à fait compatible à la japonité", ("Opinion sur la religion du futur", 1899, (notes 3I, 32)).
Il disserte en détail sur la morale nationale et fait souvent mention des rapports que celle-ci entretient avec la religion.
Dans le continuum philosophique de sa "religion universelle" il soulève cependant le concept de "religion civile" (au-delà de l'effondrement des grandes religions) voulant favoriser le rôle de la morale dans les activités plutôt que celui de l'intellect. Inoue jouera toutefois un rôle important en tant qu'introducteur du concept moderne de "religion" qui donnera naissance aux sciences religieuses japonaises, tout en développant une théorie de la "religion japonaise" considérée comme une théologie du Shintô d'Etat.
Doctrinalement le bouddhisme vajrayana (sans Etat) est un véhicule soutenant une dogmatique du détachement traditionnel d'avec les activités qui s'oppose en cela à l'institutionalisation du rituel, du travail, du temps, de la propriété / territoire, du politique. Ceci est confirmé par Yang Wenhui, bouddhiste réformateur Chinois (1837-1911) et Peng Shaoheng (1740-1784) (note 65 sect.7 et conclusion, "les Gyoja, les Miko, les Fugeki" chamanes et bodhisattva du Shugendo au Japon par Anne Bouchy et la remarquable thèse de Gabrièle Goldfuss, "Vers un bouddhisme du XXème siècle, Yang Wenhui réformateur laïque et imprimeur" Collège de France, Institut des Hautes Etudes Chinoises).
Toutefois, ce "dharma sans Etat", connaît d'importants développements dans l'œuvre de Bouddha Sakyamuni qui peut être considéré comme le corps essentiel du vajrayana.
Le Vajrayana sans Etat (bien que fort rare) excelle théoriquement - via Gautama le mendiant ou le pauvre religieux - dans l'exercice de la charité, de la bienfaisance et du respect des droits et des libertés des personnes. Il jouerait un rôle théoriquement encore - il y a tout lieu d'en douter au regard de l'histoire contemporaine et d'une nouvelle approche historiographique des faits passés - dans la pacification des activités humaines; la violence politique et militaire du traditionnel "ni bonze ni laïc" du Jôdoshinshû en est un triste exemple.

- II -
Approche de l'hindouisme, pour une mosaïque ethnique et un pluralisme confessionnel préservé des nationalismes religieux et de la dogmatique "aryenne"


Pour ce qui est du concept d'"hindouisme" nous entendons dans un premier temps la façon dont cette "religion" s'est constituée.
Le terme lui-même selon Ram Mohan Roy, 1823, Michel Delahoutre, 1988, exprimerait "un faisceau de religions plus qu'une religion proprement dite". Le concept d'hindouisme est construit sur le mot anglais "Hindoo" recençant un ensemble de cultes, de rites et de croyances de l'Inde ancienne augmenté d'un "ism". L'hindouisme n'est donc pas à proprement parler une religion mais un ensemble composite de la culture indienne englobant ses moeurs et ses coutumes religieuses, ses droits, ses obligations dévotionnelles, ses livres, ses codes juridiques anciens et modernes, ses libertés religieuses et linguistiques.
Ceux qui relevaient de l'hindouisme étaient appelés "hindouistes" à la différence d'indiens. L'hindouisme primordial concerne conventionnellement le tissu sociologique, historique et géographique du bassin de l'Indus, de l'Inde gangétique et de l'Inde dravidienne (sud indien) 2000 ans (?) avant J.C.- VIème siècle après J.C.
Durant cette période les populations auraient été aryanophones et non "des peuplades Aryennes" (selon l'expression académique de Delahoutre). Nous nous détachons donc du concept "aryen" trop imprécis ou linguistiquement impropre, de l'"Ecole française des civilisations indiennes traditionnelle" (ayant trop nourrit le mythe et la dogmatique de l'aryen), de l'Histoire comparée des religions, celle du Dictionnaire des Religions entre autre, et de l'"Homo religiosus" du XXème siècle, sa créature, pour nous ranger au concept de l'anthropologie et de l'éthnologie linguistique indienne moderne de "population aryanophone" de Romila Thapar.
Durant 2600 ans aurait été composée une somme dogmatique polythéiste, liturgique, sacrificielle et ritualiste : "les véda", laquelle ne put être consignée en un seul livre, tout comme ne purent l'être la Bible, les Soutra, le Coran (Sur l'ordre du Prophète Mouhammad, les scribes mirent le Coran par écrit sur des lambeaux de parchemin, des peaux d'animaux, des os et des pierres. Les divers fragments révélés, sans être assemblés dans un seul livre, furent mis en ordre selon la révélation de Dieu. D'autre part, quelques compagnons écrivirent pour eux-mêmes des parties et des sourates du coran qu'ils avaient apprises par cœur du Prophète...(1)).
Les véda relèvent sans doute de compositions confessionnelles et liturgiques indépendantes et diverses dans la langue du sanskrit, bien qu'il n'y eut probablement pas que cette langue à travers les millénaires (cette langue n'est vivante au XXIème siècle qu'en Uttar Pradesh, Inde du Nord). Quoi qu'il en soit, les véda constituent par de multiples ré-écritures le fond de la dogmatique cosmogonique polythéiste de l'Inde d'aujourd'hui.
Les "Ecoles hindouistes" d'aujourd'hui sont toujours opposées sur la question de la formalisation anthropomorphique des dieux touchant à la statuaire, aux images jusqu'au service des cultes, des rites et des calendriers. La représentation anthropomorphique bousculée par la misère sociale, la détresse alimentaire et sanitaire, est bien une trame sous-jaçente des conflits politiques et confessionnels en Inde ainsi que dans la plupart des pays polythéistes d'Asie, Tibet, Corée, Chine, Vietnam, Japon...
Les Ecoles liées aux partis nationaux s'opposeront plus encore aux démarches individualistes égalitaires opposées par nature aux hiérarchies, aux représentations, aux guru/intermédiaires des Dieux et aux groupes formalistes traditionnalistes.
L'organisation des castes ou les inégalités graduées du docteur Ambedkar relèvent également d'une alchimie très particulière. Ces dernières lient la dette héréditaire (individuelle et collective), alimentaire et sanitaire, à l'héritage d'un métier, "ciment" du groupe social.
Cet héritage ne prédispose donc pas à la liberté du choix des moyens d'existence ou du choix des moyens pour l'accomplissement spirituel.
En fait il s'y oppose, comme il s'oppose à toutes les formes de la liberté. Ecoles et indépendants, saddhu, offrent chacun une vision/application des coutumes, des textes souvent ignorés les uns des autres, et divergent puis s'affrontent sur la base des grands moments codifiés de la vie : les funérailles, le mariage, les rites familiaux de passage, le service des divinités du calendrier, les naissances, les offrandes, les activités professionnelles, l'économie-financière des groupes, le régime des dettes et des rétributions, les guru, les maîtres de cérémonie, les liens aux chefs de village et aux brahmanes (souvent comptables des chefs de village), les Dieux et leurs avatars...
Les "Véda" (ou les savoirs) contiennent cette "somme d'expériences" que les partis au pouvoir présentent comme "La Vérité" panthéiste et éternelle.
C'est à partir du VIème siècle avant J.C. que les royaumes de l'Inde, mosaïques démographiques et cultuelles ne pouvant se réduire linguistiquement ou culturellement à une "Inde nationale aryenne (ou à un royaume aryen parlant le sanskrit), axe du monde", se seraient dotés de leurs systèmes juridiques codifiés "traditionnels et sacrés", racines des législations contemporaines.
David Annoussamy, juge honoraire et universitaire indien, confirme que le droit indien classique ou droit hindou ancien a bien poussé sur ces racines autant que sur celles de la cellule familiale rigoureusement religieuse.
"Le "Dharma" coeur du droit hindou d'aujourd'hui demeure l'ensemble des lois morales héritées des coutumes (indissociables des traditions religieuses et juridiques institutionnelles et non institutionnelles) qui régissent le genre humain, lesquelles font parties intégrantes des lois de l'univers. Les coutumes sont aussi rigoureuses que ces dernières et ne doivent jamais êtres perturbées.
La Loi métaphysique d'hier est toujours, dans le coeur de l'indien, immuable. Le contexte juridique et politique a changé cependant, celui qui hier dérangeait l'ordre universel, s'il ne réparait pas, devait être chatié par le Roi... Aujourd'hui les juges, tout en préservant les coutumes, les rites et les croyances ancestrales ont pris le parti des Droits de l'Homme et le parti du droit des personnes..." ("Le Droit Indien en marche", Société de Législation comparée, 2001).
C'est malgré tout dans un contexte de codifications juridiques anciennes et de société stratifiée "hautement purifiée" ("le groupe des juristes brahmanes Gautama prône un ordre social calé sur une dogmatique juridique de la pureté et des castes préservées" David Annoussamy, les Codes Anciens) et "sévèrement hiérarchisée", du Vème avant J.C. au VIIème siècle après J.C., que le bouddhisme historique de Bouddha Sakyamuni se manifestera.
Cette société indienne en cours de systématisation juridique, commerciale, politique et sociale, pluriethnique et multiconfessionnelle se développera sur la base dogmatique, métaphysique et juridique, de l'"Ordre Permanent" des êtres et des choses (varnashrama dharma) ou "Ordre du Monde" (supra mondain) qui régit chaque être selon sa catégorie (varna) en lui assignant un effort particulier (ashrama) d'ordre moral, spirituel ou social (l'on retrouvera les mêmes concepts dans le corps de la loi Islamique au Proche et Moyen Orient, en Inde du Ier et IIème siècle après l'Hégire et en Chine note 9).
Bouddha Gautama défenseur de l'Impermanence, clef de voûte du nouvel édifice social, eut donc a affronter les apparences de l'"Ordre du Monde fixe", effets déviants d'une Somme méthaphysique et juridique millénaire. Cette dernière établit sur des révélations : "les effets sont les causes et les causes, les effets"; loi logiquement fausse et absurde (tout comme celle de la rétribution karmique, l'histoire sociale le démontrera) transmise aux premiers Rishis (ascètes des forêts) par les Dieux mortels du panthéon indien : Shiva, Vishnou, Krishna, Rama, Brama...
Le contexte sociologique bouddhiste et hindouiste ancien fut donc très probablement celui d'une mosaïque pluriethnique, multiconfessionnelle, soutenue par des codes sévères tenant les rois et les brahmanes "prisonniers" d'un ultrastatisme, stricte reflet de la doctrine de l'immutabilité "des savoirs" (véda).
Les "védistes" s'opposeront évidemment à la doctrine bouddhiste de l'impermanence, des causes et des effets; "les effets ne sont pas les causes" ce qui n'en fera pas une doctrine juste pour autant.
Il n' y eut donc jamais d'"ordre religieux unique hindouiste" au service d'une religion nationale indienne exclusive de type polithéiste et dominatrice, comme cherchent à l'incarner aujourd'hui le nationalisme polythéiste indien aryen et la théocratie en exil tibétaine.
Fait étonnant le monde législatif indien, au temps de Gautama Bouddha, est édifié non par un homme seul mais par une famille brahmane homonymique de juristes : "Gautama" (D.Anoussamy et Pandurang Vaman Kane).

- III -
Les œuvres juridiques Indiennes, bouddhistes et musulmanes, reflets des besoins réalistes du corps social, de la géographie, de la démographie, des croyances populaires.

Les œuvres juridiques collectives "hindou" majeures, telles que les codes de Gautama et de Manou, et individuelles telles que les codes de Yajnavalkya (Yajnavalkya prolonge le Code de Manou dans son développement juridique Livre I : les rites et les cérémonies, Livre II : le Droit, Livre III :Les péchés et les pénitences) et de Narada(dharma sastra) définissent les devoirs des personnes et des collectivités sur un fond identitaire de croyance éternaliste et non humaine (polythéiste).
Le code de Narada strictement juridique et de même époque que celui de Yajnavalakya, VIème et VIIème siècle (époque du système juridique Uji au Japon, ensemble politico-territorial centré sur le noyau familial patrilinéaire au sein duquel se transmet les fonctions religieuses et de commandement), oriente la systématisation de la procédure judiciaire (extrêmement sévère) et les devoirs du commerce. Son introduction générale est extraite du Code de Manou et relève du divin et du non humain .
Des dizaines d'autres œuvres juridiques, collectives, proprement "hindouistes" se répandront en Inde, parallèlement au développement des œuvres religieuses et juridiques bouddhistes qui, dira-t'on, "tempèreront" le pouvoir judiciaire ancien : "traités d'éthique et de morale, codes des préceptes laïcs (upasakasila sutra) mahayanistes ou de la voie moyenne ...".
Il est dit, à peu près à cette époque (VIII, IX et Xème siècle), que le Rite orthodoxe musulman Hanbalite, quatrième source secondaire de sagesse judiciaire de la Loi Islamique (chaque école théologique est indissociable de son système juridique/judiciaire appelé "Rite", là où l'on naît l'on naît musulman et l'on dépend du rite présent dans sa localité de naissance) ou même le Rite Wahhabite (Hanbalite) d'Arabie (duquel dépendent tant le Roi d'Arabie Saoudite que Ben Laden), seront cruels à cause de leur refus du compromis, de la voie moyenne : Idjima, et de leur refus (toujours en matière judiciaire) de la raison, de l'opinion personnelle, des procédés analogiques : Qiyyas.
L'Idjima et les Qiyyas sont pourtant les troisièmes sources secondaires de sagesse (judiciaire) de l'Islam (du Coran - en tant que corps de la Shari'â et de la Sunna; la Sunna en tant que manière d'agir du prophète et seconde source de Sagesse judiciaire).
L'ignorance politique tant Arabe qu' Occidentale des sources secondaires de la sagesse musulmane (Idjima, Qiyyas, jurisprudence, en tant que vecteurs d'organisation socioculturelle) conduiront tant la sévère Shari'â (à son activité judiciaire purement religieuse et divine) que l'intolérable codifiation politique pénale Occidentale, à des voies judiciaires violentes et agressives, et probablement plus décalées encore d'avec la réalité anthropologique et ethnologique des pays colonisés.
L'islam, comme le bouddhisme du Mahayana (des interprêtres non institutionnalisés, sans familles et pauvres seulement), propose toutefois une voie judiciaire du juste milieu ou du consensus, Idjima, tolérance.
De même il est dit que les maîtres errants du bouddhisme hinayana et de l'hindouisme des berges du Gange, des Forêts de Thaïlande, de Chine ou du Sri-Lanka tels que "les amis des lépreux" (l'autre prime sur tous vos avantages et toutes vos qualités) ne sont pas les adeptes du bouddhisme ou de l'hindouisme des écoles, encore moins du Talion du Vajrayana (propre aux deux religions) en matière judiciaire.
Le bouddhisme Birman (support du droit civil), semblable à celui de Shantidéva parmi les lépreux, dit : "le SDF peut venir chez nous, il sera éduqué et soigné". "Birmanie ne ment pas" à condition de ne pas se réveiller pauvre birman.
Le bouddhisme Tibétain (culture du Talion, de la peine de mort, du joug, de l'esclavage pénal, du meurtre religieux vajra, du servage, du fouet et de la mutilation) ne peut affirmer sans mentir qu'il accorde le refuge aux pauvres et aux démunis. La conversion de Sunita, le porteur d'excréments, est par contre "enseignée sans mensonge" en Birmanie, au Sri Lanka, en Thaïlande, en Chine, au Cambodge, au Japon ou en Inde; les faits démontreront que la misère ne conduit cependant pas au "dharma", loin s'en faut.
Les droits et libertés acquis si difficilement à la naissance (au regard de la dogmatique bouddhique de la dette karmique) grâce au don généreux de la république égalitaire sont recouverts puis anéantis par un non-droit religieux et un non-droit de l'homme issus des royaumes bouddhiques Himalayens et trans Himalayens.
Quelques Tibétologues et Orientalistes sanskritistes de l'université (quelques convertis) se rangent aujourd'hui à la raison et combattent les évidentes cruautés dont font preuves les familles-Etats du Vajrayana (tant bouddhistes qu' hindouistes nationalistes) à l'égard des pauvres et des intouchables.
Rappelons que le mendiant, homeless, le boucher, le tanneur, le maréchal ferrant, les prostituées, "les fous" (sans nombre en Asie), les prisonniers, les artisans, tous les sans terre (landless et outcasts), les ouvriers-paysans, tous les corvéables (relevant d'une dette publique ou privée) sont une catégorie juridique des personnes inscrite dans les codes bouddhistes royaux Tibétains jusqu'en 1959 et Indiens hindouistes jusqu'en 1950. Le mendiant religieux relève également de cette catégorie.
Les dispensaires, ultimes refuges pour les malheureux, sont une création à la fois du petit véhicule en Inde, au Sri-Lanka, en Birmanie, en Thaïlande, au Cambodge ou au Japon (dès le IXème siècle) et de l'hindouisme en tant qu'"une révolte contre les ordres politiques, criminels et mafieux".
L'histoire des doctrines religieuses relève cependant très tôt que de très nombreuses déformations doctrinales existent, notamment à propos de l'universel message de gratuité et de charité.
Les riches exilés Tibétains (par le canal restreint des deux cents familles Tibétaines, noyau historique ne concernant pas plus de 1200 personnes dans le monde) n' hésiteront pas à parler de "communisme pro-chinois", de "socialisme des soviets", voire "de délinquance" pour qualifier la tradition historique de la mendicité bouddhique relevant de l'Itivuttaka, Dhammadayada sutta (absolument niée, bien que nommée dans le corps des sutra, par les Lama tant en France qu'en Inde).
Quoiqu'il en soit, depuis quarante cinq ans, nombreux sont ceux parmi les mendiants, économiquement faibles par vocation religieuse, et désormais sans famille, qui seront expulsés des communautés (en orient comme en occident) pour "schyzophrénie sans symptôme ou psychose paranoïaque" ou qui seront généreusement dirigés vers les asiles psychiatriques pour finir leur vie ...
Il est enfin intéressant de noter ici que les seuls groupes humains à utiliser les concepts de "schizophrénie sans symptôme ou de psychose paranoïaque" furent ennemis de toutes les formes religieuses existantes, de tout radicalisme ou de toutes les formes de la contestation philosophique et politique.
L'histoire de la pénalisation de la dissidence soviétique et chinoise, par exemple, ressence trois cas de "Schizophrénie sans symptôme et de psychose paranaoïaque (ceux qui se plaignent, voient, entendent et écrivent des choses interdites sur l'Etat, sa politique et ses rouages )" :
1- Le cas relevant de la pyschiatrie politique de l'Institut Serbsky de Moscou, dirigé, entre 1953 et 1980, par Georgi Morozov, qui enfermait pour "schizophrénie sans symptôme", tous les écrivains et historiens du fait criminel en Russie.
2- Le cas de psychose paranoïaque cette fois ci de "litige mania" concernant les contestataires et à ce titre premier degré de l'internement selon les règles de psychiatrie politique de l'Institut Ankang de Pékin en 1994. La "litige mania" concerne le "délire de persécution".
3- Le cas de la "politique mania" concernant le "délire politique des hommes attaquant la ligne, les politiques de l'Etat, se livrant à des recherches personnelles et écrivant des milliers de lignes qu'ils envoient ensuite à l'Académie des Sciences Sociales et à la rédaction de plusieurs journaux pour être publiés" et relevant à ce titre du second degré d'internement psychiatrique, tel qu'enseigné en 1983 dans les manuels de médecine de psychiatrie politique Chinoise (Editions des masses, maison d'édition de la police politique Chinoise; Enquête sur l'internement psychiatrique pour raison politique en Chine, Robin Munro, Human Right Watch, 23 aout 2002; Congrès de l'association mondiale des psychiatres, 23 aout 2002, Yokohama, Japon; Voir notre note 31 ch.VI "le choix traditionnel de la protestation et de la conversion").
Nous invitons le lecteur critique pauvre à sa propre expérience de renoncement et de mendicité dans le contexte bouddhique des Familles religieuses-Etats Tibétaines en Inde, au Japon, en Europe ou aux Etats Unis... Les dangers psychologiques et physiques étant réels, les parquets étant engorgés et les dossiers judiciaires pour plaintes étant sans nombre ou en souffrance, il convient d'être très prudent.

- IV -
La Question des manuels scolaires
l'histoire officielle falsifiée ou la religion d'Etat imposée, survivance et tentation des anciens modèles totalitaires.

Il est clair que le Bouddha historique cinq siècles avant Jésus-Christ, s'est heurté à une structure d'Etat, une "Hiérarchie" composée de groupes familiaux, de maîtres propriétaires des sols, de prêtres, de magistrats et de fonctionnaires intouchables liés aux familles par le sceau du secret religieux.
Nous reprenons ici le concept d'"Hindouisme d'Etat", qui est très répandu dans les vingt huit états que compte aujourd'hui la Fédération Socialiste Indienne dirigée politiquement par le Parti Hindouiste BJP (Bharatiya Janata Party ou Parti du Peuple Indien) par le 1er ministre, chef du gouvernement de l'Union Indienne depuis 1998, A.B.Vajpayee (nationaliste modéré) et L.K.Advani (nationaliste dur), ministre de l'intérieur.
Le BJP est la façade politique du RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh ou Association des volontaires nationaux) fondé en 1925 par H.B. Hedgewar admirateur de l'idéologue V.D.Savarkar (1883-1966) qui avait écrit en 1923 un livre fondateur : "Hindutva" ou "l'hindouité. Qui est Hindou ?" (Ch.I "Totalitarisme, communautarisme religieux et propriété", Arundhati Roy "l'Empire assiégé")
L'organisation s'était donnée pour mission de renforcer la communauté indienne en disciplinant sa jeunesse et en organisant pour elle des séances quotidiennes d'entrainement physique de masse.
En 1940, M.S.Golwalker, successeur de H.B.Hedgewar, assimila clairement l'identité indienne à une Religion Nationale Hindoue et préconisa ouvertement une politique de discrimination négative à l'égard des musulmans et des autres minorités religieuses.
Le Mahatma Gandhi opposé aux tendances ségrégationnistes du nationalisme politique et religieux imposées aux minorités cultuelles indiennes sera assassiné huit années plus tard, le 30 janvier 1948. Le 29 novembre de la même année, sous l'influence d'Ambedkar, l'article 11 de la constitution sur l'abolition de l'intouchabilité est adopté à l'Assemblée Constituante. Un mois auparavant Ambedkar publiera son essai : "Who are the Untouchables ?".

Rappelons encore que nous établissons un lien entre les concepts : "hindouisme d'Etat", "Shintô d'Etat", "confucianisme d'Etat" et "bouddhisme rituel d'Etat".
Ils sont à appréhender comme définis par Shimazano Susumu ou comme Murakami Shigeyô en fait la critique, sous la forme d'une "religion d'Etat" relevant d'un "dogme de l'essence nationale".
Inoue Tetsujirô en a lui-même fait l'usage, sous la forme intransigeante du
"mouvement de la morale nationale"
lié au concept d'autodéfense autour de l'Empereur Meiji (1868-1912) - "Meiji, cent vingtième deuxième empereur" selon les classifications des courants révisionnistes alors que les historiens anti-révisionnistes dénoncent l'existence de 9 empereurs fictifs à partir de Kammu tennô, 50 ème -, considéré comme "la quintessence de cette morale nationale" (shéma que reproduira à l'échelle des communautés chaque communauté religieuse autour de son guru ou de son chef dynastique au Japon, au Tibet, en Chine, en Inde ou en Corée).
Après l'échec de l'empire sous l'autorité du clan Tokugawa une faible guerre civile, dite de l'ère Boshin 1868-1869, opposera les Tokugawa, sur le déclin, aux clans du Satsuma et du Choshû. Une victoire de ces derniers permettra la restauration de l'empire. Mais les caisses impériales étant vides, c'est au crédit des marchands de Kyoto, d'Osaka et d'Edo que l'empereur Meiji, descendant d'une lignée ininterrompue de la divinité Amatérasu-Ômikami (croyance du Shintô ritualiste pré bouddhique et Religion Nationale sous la restauration), devra la victoire militaire.
Nous tenterons également, plus loin, de dégager les liens/enjeux existants entre les formes du religieux national et le rite, - à tout le moins selon la définition du rite du juriste confucéen Chinois Xiaoping Li; le rapport d'essence à l'ordre politique, à l'autoritarisme et au commerce du confucianisme comme du taoisme étant consubstantiel à celui de l'hindouisme national, du Shintô d'Etat, du Shugendô institutionnel, du bouddhisme princier ou d'Etat au Japon, à la plupart des religions nationales en fait (notes 3 et 65 sect.7, conclusions).
Nous retrouverons les mêmes liens élémentaires consubstantiels au sein des "familles-Etats ritualistes" Tibétaines relevant de la dogmatique de "l'essence, ou quintessance, de la moralité et de l'immoralité". Toutes ces familles choisiront l'empire britannique "d'essence divine", en 1912.

Nous partageons par contre, pour ce qui est de la compréhension de "l'hindouisme national" ou du "nationalisme religieux moderne", une remarque développée par Romila Thapar dans son essai : "Pas de propagande pour les manuels scolaires!" publié dans Times of India, à New Delhi, en Février 2000, et que nous pouvons utiliser pour mieux comprendre les dérives sectaires, politiques ou nationalistes des grands courants politiques religieux indiens :"(les) falsifications visent en effet à imposer les théories sur lesquelles se fondent l'idéologie hindouiste. A commencer par celle du "peuple aryen"...".
Christophe Albert Sabouret sur ce point précis de la propagande de l'Etat impérialiste (terrain de bataille des philosophes politiques Noam Chomsky ou Edward W. Saïd et du juriste Richard Falk) écrira une thèse à l'Inalco sous la direction des pr. Fujimori Bunkichi et Richard Dubreuil, 1990, sous le titre : "Mémoire et Oubli - L'enseignement de l'histoire et la révision des manuels scolaires d'histoire dans le Japon de 1868 à 1945".
Il écrira : "... des procès sont engagés (dès aujourd'hui) par les enseignants et les parents d'élèves Japonais contre l'Etat au sujet de la censure politique qui frappe les manuels d'histoire contemporaine. (Ces derniers représentant un enjeu national, seront) placés "sous haute surveillance".
Cette censure concerne pour l'essentiel les crimes de guerre Japonais commis en Chine et en Corée, notamment :
1-ceux perpétrés durant la seconde guerre mondiale par l'Unité (de recherche médicale) 731 responsable du génocide de 10 000 prisonniers Chinois et Coréens soumis aux effets calculés de l'Anthrax.
2- ceux perpétrés par épandage aérien du bacille de Yersin, la peste, sur les populations Mandchous dès 1941 et qui tua 270 000 personnes.
3- Dans une moindre mesure l'auteur évoque la discrimination administrative qui frappe les minorités sur le territoire Japonais, les Burakumin (les gens qui peuplent les hameaux spéciaux, les getthos) : Eta (souillés), Hinin ( non humains), les fossoyeurs, les corroyeurs, personnes qui n'auront (à travers l'histoire) aucun droit au travail et qui seront condamnés à vivre en dehors des villages avec interdiction d'en sortir, les Yotsunin ou "les hommes à quatre pattes", qui rappellent la catégorie juridique des Nangzen du Tibet royal, "les bêtes parlantes"...
Romila Thapar, dans le contexte "hindouiste nationaliste" contemporain, écrit sur le même sujet de "la mémoire et l'oubli " :
"Le National Council for Education Research and Training, NCERT, organisme en charge des livres scolaires, qui vient de supprimer certains passages des manuels d'histoire refuse de dévoiler les noms des prétendus historiens Indiens qu'il prétend avoir consulté. Ce n'est donc pas un débat entre historiens auquel l'on assiste mais à un débat entre historiens et politiciens.
Il s'agit en fait de fourbir les armes de la propagande avant les élections en Uttar Pradesh (nord)et au Pendjab (nord-ouest, près de 220 millions de personnes au total) et de faciliter la diffusion d'une version nationaliste de l'histoire dans les écoles publiques.
Ces falsifications visent en effet à imposer les théories sur lesquelles se fondent l'idéologie hindouiste. A commencer par celle du "peuple aryen". Laquelle est inacceptable, dans la mesure ou le terme "aryen" concerne le domaine linguistique et ne peut qualifier ni un peuple ni une race.
D'aucuns prétendent que les aryens étaient originaires de l'Inde, mais la plupart des universitaires rejettent cette idée et parlent plutôt de migrations de peuplements aryanophones en Inde. Ces arguments s'appuient sur des données linguistiques. Mais dans la reconstitution nationaliste du lointain passé, on a fait fi des preuves linguistiques.
Nous assistons à la création d'un fantasme qui va être jeté à la face des élèves et présenté comme un savoir historique :
1- ne cherche-t-on pas à démontrer que la "lignée des hindous de caste (?)" est ininterrompue depuis 5000 ans ?
2- Que la civilisation indienne a produit toutes sortes de techniques sophistiquées ?
3- Ou que l'Inde a pratiquement civilisée le monde entier ?

Mais si l'on considère le monde médiéval sans les verres déformants du communautarisme, il est fascinant d'apprendre que nombre de rituels, pratiques et mythes actuels ont été formulés en tant que partie de l'hindouisme à l'époque médiévale du XIIème siècle (?).
Affirmer que toutes les pratiques religieuses hindoues procèdent des Véda (5000 ans plus tôt (?) revient à imposer artificiellement une uniformité à une "religion" dont la force réside dans la pluralité des sources"

Cette thèse sur l'Hindouisme est également soutenue par Amartya Sen - auquel nous emprunterons quelques réflexions sur la pauvreté, la famine et l'éthique en économie, avant de condamner son parlementarisme mondial ultracapitaliste particulièrement révisionniste - dans "L'Inde n'a jamais été un Etat Hindou", propos recueillis par Subhoranjan Dasgupta, "Outlook", 2002, New Delhi.

- V -
L'Espace Public selon Habermas et la société civile bouddhiste passée et contemporaine

Nous lions, avant de poursuivre notre approche, les expressions "libre examen et choix éclairé" du Sutra Kalama du bouddhisme hinayana et mahayana de Bouddha Sakyamuni (5e siècle av.J.C.), au concept de "sphère publique" de Jurgen Habermas ("L'espace public, Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise", Payot, Paris, 1978).
Le sinologue Charles Le Blanc, de l'Université de Montréal, notera dans : "La société civile face à l'Etat dans les traditions Chinoise, Japonaise, Coréenne et Vietnamienne", au chapitre "Etat et société sous les premiers Han (Chine, -206 à + 7)" en introduction à son essai sur la sphère publique d'Habermas (mince écart entre la société et l'Etat) :
"Dans son livre "L'Espace public", J.Habermas soutient qu'en Europe, c'est précisément à la suite de la décomposition de l'ancien régime féodal, à partir du XIVème siècle, et de l'apparition de l'Etat souverain, à partir du XVIème siècle, que surgit le problème des droits privés. On prétendit le résoudre par la constitution d'une "sphère publique" autonome entre la société et l'Etat, ayant pour fonction essentielle de critiquer et de limiter le pouvoir étatique et de promouvoir les droits privés sur la place publique. Ce mouvement coïncida avec la montée de la classe bourgeoise et trouva son aboutissement dans l'opposition structurelle de la "société civile" au pouvoir d'Etat. Habermas note parmi les facteurs qui conduisirent à la formation de la "sphère publique" un élément social, soit la famille restreinte, un élément économique, le mode de production capitaliste, et un élément intellectuel : le libre examen issu de la Réforme"...
Lorsque nous évoquons par ailleurs la "société civile ou la sphère publique bourgeoise" nous pensons également à Jürgen Habermas, avec, selon les mots de l'auteur, toutes les réserves d'usage :
"Nous entendons la "sphère publique bourgeoise" au sens d'une catégorie caractérisant une époque déterminée. Il n'est pas possible de la détacher de l'histoire tout à fait singulière qui fait apparaître la "société civile" au court du Haut Moyen-Age, pour ensuite en faire un type idéal universalisé et l'appliquer à divers réalités historiques d'un point de vue formel".
Ces liens nous permettront cependant, en toute bonne foi, à la façon de Charles le Blanc (se demandant comment s'est formulée, sous les premiers Han, la question du bien des individus vivant dans une société déjà structurée par le droit coutumier, face aux nouveaux pouvoirs d'un Etat souverain), de mettre en perspective, bien que n'étant pas celle du haut Moyen Age européen du XIVème siècle observé par Habermas, "la portée de la révolution culturelle" engagée par Bouddha Sakyamuni opposé au droit et aux systèmes juridiques "hindouistes" concurrents.
Bien que la société civile au sens d'Habermas n'existe pas en Inde au temps de Sakyamuni, il est à noter "qu'une nouvelle société et qu'un nouvel espace social" (dotés de catégories juridiques des personnes différentes de celles des "hindouistes") ont joué un rôle important dans la marche publique, le conseil juridique des royaumes (sur de nouvelles bases causales empiriques, religieuses et scientifiques), le droit du commerce, la capitalisation, la spéculation, la propriété privée, la critique, etc....
Nous pensons ici, qu'une "sphère bourgeoise bouddhiste" ou qu'une "sphère publique bouddhiste" intermédiaire, existait selon de nouvelles activités humaines et faisaient le lien entre les "calanda", les parias hors castes, les "shudra" de castes inférieures, ouvriers et paysans, les castes "vasyas" les commercants, les guerriers "kastrya" et les prêtres "brahmanes", l'Etat des rois ou des maharadja.
Cette "sphère intermédiaire" ou disons ce "tiers monde" existait du fait de l'abolition des limites discriminantes administratives, juridiques et confessionnelles entre les castes par la nouvelle loi bouddhiste.
Peu de "parias" auront cependant accès à la libération et peu de "parias" du "vajrayana bouddho-hindouiste" d'aujourd'hui profiteront de cette ouverture qui n'en sera une que pour une minorité; peu ont accès à l'égalité administrative, religieuse, politique, économique par le fait même des castes; leurs frères pauvres du vajrayana Tibétain n'auront pas davantage accès à la révolution sakyamunienne. Ils sont toujours liés à une source de devoirs anciens et à la dette karmique. Les droits de la personne reconnus pourtant par la communauté internationale ne sont toujours pas admis comme d'authentiques valeurs par toutes les communautés Vajrayana en Inde et en Asie.

Nous pensons toutefois que notre "sphère publique" ou notre "tiers monde" d'hier, aurait permis la manifestation :
1- du "droit-enseignement" bouddhiste de la propriété (conforme aujourd'hui au droit moderne de la propriété),
2- du "droit-enseignement" bouddhiste à l'accumumation capitaliste en Asie, au Japon impérial, cela se comprendra aisément, puis en Europe, en France et aux USA, en transcendant la hiérarchie des pouvoirs des Etats et les intérêts des diverses classes de la société (nous empruntons ces deux expressions à Charles le Blanc).
Il est intéressant de rappeler le rôle joué par Emile Guimet (1838-1918) éminant capitaliste, industriel, envoyé au Japon en 1876 (deux ans après G.Boissonnade de Fontarabie, rédacteur du premier Code Civil Japonais) par le ministère de l'Instruction Publique pour étudier les réligions. Emile Guimet est fondateur du groupe industriel Péchiney et promoteur discret, sous sa forme missionnaire médiatrice (?) du Jôdoshinshû institutionnel. Il créera le Musée Guimet en 1879 à Lyon. Ce dernier sera transféré à Paris en 1889.
Notons encore l'action internationale de Shibusawa Eiichi (1840-1931) samuraï au service de la famille Hitotsubashi (branche de la famille du Shogun Tokugawa qui remonte à 1714). Il accompagnera le Daïmyo Tokugawa Akikate (1853-1919), soutien de l'empereur, à l'Exposition Universelle de Paris en 1867 et se consacrera au developpement scientifique du Japon.
En 1870, cet adepte bouddhiste du Jodoshinshu Est Hongan-ji sera chargé par l'empereur Meiji de réorganiser le système des poids et mesures. Ce capitaliste bouddhiste fondera plus de 500 compagnies au Japon et dans le monde. Il créera de nombreuses banques et filatures de coton à Osaka. Shibusawa Eiichi est surnommé "le père du capitalisme Japonais".
Son petit fils Shibuzawa Keizô, fut Président de la Banque du Japon en 1944 et ministre des finances dans le cabinet de Shidehara Kijurô en 1945-1946. Il créera en 1921 le Nihon Jômin Bunka Kenkyujo (Institut de recherches ethnologiques de Tokyo).
Le mécène bouddhiste traditionnaliste Yehan Numata (1897-1994), père du Bukkyo Dendô Kyokaï au Japon et aux USA en 1965, recevra le soutien financier de Shibusawa Eiichi (père du capitalisme industriel et financier japonais) pour maintenir à flot sa revue bouddhiste Californienne "The Pacific World", Californie où il fit ses études en 1928 (Stanford).
Yehan Numata, fondateur de la Compagnie Internationale Mitutoyo dans les années 30, deviendra au XXIème siècle le leader mondial des instruments de mesure de précision. Il est également le père du grand projet de traduction en anglais du Tripitaka Chinois (enseignements traditionnels du Bouddha en Chinois, Taisho Shinshû Daizôkyo)...

Nous pensons ici que l'essor de la grande bourgeoisie capitaliste bouddhiste Chinoise, Coréenne, Vietnamienne, Japonaise, Thaïlandaise, Cambodgienne, Birmane, Taïwanaise, Hong Kongaise, Malaise (qui ne peut déranger le capitalisme mondial) .... prendrait sa source historique au sein de la sphère publique bouddhiste indienne.
La sphère publique/privée bouddhiste au Japon sera toujours très bien adaptée au droit privé des affaires et au droit civil des familles.
Aujourd'hui, bien que le droit civil Japonais ait changé (désinstitutionnalisation de la famille), le lien à l"'institution familiale" est maintenu par le culte privé aux ancêtres. La sphère publique bouddhiste lien particulier au droit privé des affaires et le lien aux ancêtres fondateurs ne sont pas rompus.
Ce lien est un lien au capitalisme primitif (la doctrine de la Vacuité - rapport d'essence aux choses oblige - se prette toujours très bien au jeu politique du hiérarchisme matriciel divin comme à celui du commerce) ainsi qu'un lien ininterrompu aux vieilles familles monastiques impériales, aristocratiques et politiques, toutes liées, malgré tout, à la corruption ou à l'altération des liens, renforcant d'autant le régime spécial des inégalités graduées (voir l'histoire criminelle du Parti Libéral Démocrate (UMP Japonais) et ses liens avec les industriels corrompus depuis 1955).

Cette hypothèse rejoindrait par ailleurs, sous un autre angle, celle du sociologue Alain Testart dans : "L'Esclave, la dette et le pouvoir".
A.Testart verrait, comme cause possible de la manifestation des Etats ou des royaumes, l'effondrement de l'institution de l'esclavage pour dettes non en tant que processus historique mais en tant qu'expression d'intérêts rivaux débouchant sur des conflits (freiner la pratique de l'esclavage pour dettes des groupes rivaux ou concurrents cause d'une diminution du potentiel de souveraineté) et l'émergence d'une souveraineté. Cette hypothèse semble correspondre au cas Tibétain. Mais pourrait être aussi sous un angle différent une nouvelle lecture de la manifestation de la sphère publique bouddhique qui est par excellence, aujourd'hui, un monde parfaitement autonome et inégalitaire (d'autant plus que les familles Etats sont anciennes et fortunées).
En fait chaque Bonze lié (sphère publique bouddhiste, droit privé des affaires et ancêtres) ou Rimpoche-juge ou chef confirmé d'une lignée ou d'un monastère, "joue le rôle d'un Trésor Public" cherchant à asseoir "sa souveraineté sur l'impôt, les dons et les offrandes" (la "juste mesure" voir ch.IX).
La recherche des ces activités puis leurs concentrations, de générations en générations, entre des mains de plus en plus puissantes (s'opposant militairement, financièrement ou politiquement à toutes les concurrences), a bien constitué ici et là des Familles Religieuses-Etats rivales jusqu'à la manifestations "d'Etats ou de royaumes (bouddhiques), souverains par la force des choses", servis aléatoirement (concurrence oblige) .
Chaque chef religieux (en droit privé, hier comme aujourd'hui) est juridiquement, religieusement et territorialement omnipotent.
Cette omnipotence s'exprime par une souveraineté absolue, sur le territoire de la souveraineté.
Elle s'exerce sur chaque être, sur les biens mobiliers et immobiliers de tous, sur le travail de chacun, sur la levée de l'impôt ou équivalent et confirme en quelque sorte le rôle joué par le "Bit El Mal" des musulmans, sous la forme juridique et sacrée du collecteur officiel des dons, "waqfs". Dons qui jouent un rôle pivôt dans la société Tibétaine, Chinoise, Japonaise, Hong-Kongaise, Taïwanaise, Singapourienne...
L'histoire du "Bit El Mal" exprime ces mêmes contradictions ou conflits internes juridiques, confessionnels et politiques, qui furent et sont encore ceux des Quatre Ecoles Coraniques sur la question de l'Etat en tant que qualité des Communautés Islamiques ou qualité d'une institution laïque moderne agissant pour son seul compte.
Le crime institutionnel concernant les détournements fiscaux et l'abus du droit de la propriété (délit reconnu aujourd'hui en droit pénal Japonais) pourrait très bien être l'une des causes de l'effondrement/décomposition interne de la société théocratique Tibétaine. "Aucune chose ni aucun être ne peuvent être sans maître ou sans propriétaire". (Littérature tantrique)
Nous retrouvons ce principe du vajrayana (Inde, Tibet, Japon, Chine pré-communiste) dans le précepte de Mohammed, clef de l'Islam, selon Millot et Blanc : "a celui qui est sans héritier, je suis l'héritier" (notes 27, 51).
L'Unique Propriétaire de vos vies et de vos morts est Allah dans la tradition de la Loi Islamique intégrale appliquée. Celui qui l'incarne, l'incarne en son nom et au nom de tous (voir le conflit opposant les musulmans modérés et les adeptes du Jihad).
Celui qui trichera, mentira, tuera ou volera, assis sur son précepte altéré ou interprété, le fera mieux que personne.
Quoiqu'il en soit, les parias indiens, par le "nouveau droit bouddhiste" ou par "le refuge", V siècles avant J.C, ont accès à la propriété privée, au commerce, à la liberté religieuse sans discrimination.
Le Sutra Kalama leur offre le droit de critiquer, de juger, de choisir selon des critères privés une voie familiale, "sociale médiatrice" (tiers : entre l'Etat et la société non convertie) et religieuse (ici la conversion n'est pas une obligation),
Ce bouddhisme ne pouvant être imposé (à la différence du vajrayana, usurpation, possesssion sans droit) ne peut se substituer à l'autorité de l'Etat. Dans le droit bouddhiste primitif de la famille "le serviteur" peut s'opposer librement à la conversion de son maître.
Ici nous pensons que le bouddhisme de Gautama, avec toutes les réserves d'usage, pourrait être au XXIème siècle dans un contexte de sans Etat et de sans richesse (puisque l'on se pose souvent la question "qu'est-ce que le bouddhisme ?" en faisant l'amalgame entre Gautama Bouddha (résolument sans Etat et sans richesse), le Vajrayana des familles-Etats, le bouddhisme de propitiation, la propriété privée, le capitalisme, les ancêtres et les libertés religieuses) :
- un espace public de médiation absorbé graduellement par le communautarisme, puis par le hiérarchisme, la ritualisation, le moralisme, les richesses, l'institution politique, l'étatisation jusqu'à sa métamorphose en religion nationale.
Nous nous opposons, à ce titre, à l'expression d'Inoue Tetsujirô qui utilisera (comme les bouddhistes) le concept de "religion civile", en 1912, dans le contexte de l'effondrement / décomposition des grandes dogmatiques traditionnelles islamique, chrétienne, bouddhiste, confucianiste, taoiste, etc...
Il convient également de se dégager de la "théologie" d'Inoue Tetsujirô, du concept de "religion nationale", fruit du fascisme des communautés et de la "morale nationale sociale" autour d'un empereur, d'un chef ou d'un roi, fut-il descendant des Dieux, d'un Dieu ou Bouddha lui-même.
Habermas propose dans "l'Espace Public" que parmi les facteurs qui conduisirent à la formation de la "sphère publique" soient réunis :
1- un élément social : "la famille restreinte",
2- un élément économique : "le mode de production capitaliste",
3- un élément intellectuel : "le libre examen" issu de la Réforme.
De ces trois éléments le maha-vajrayana épanouira l'élément économique au détriment des deux autres...

- VI -
L'influence du Rite et des Rituels confucéens dans l'organisation de la société politique, économique et rurale traditionnelle.

Nous partageons la définition du juriste et sociologue confucéen chinois Xiaoping Li. Son approche sociologique du "droit confucéen", de la société, de la civilisation chinoise traditionnelle confucéenne, conduit à une meilleure compréhension du rôle des rites dans l'organisation sociale ancienne et moderne, et à une meilleure approche sociologique du bouddhisme ritualiste d'Etat. (Xiaoping Li est docteur en droit de l'Université Paris II, chargé de recherche au Centre de recherche en droit public de l'université de droit de Montréal et professeur de droit à l'Institut de Droit et des Sciences Politiques de Chine Centrale (Wuhan). Voir également l'approche sociologique des pratiques rituelles bouddhistes shugendo au Japon de 1972 à 1997 d'Anne Bouchy, EFEO.

A propos d'une définition du Rite "Li" ("La civilisation chinoise et son droit", Revue Internationale de Droit Comparé, 3-1999 p.522-528) :
"...de fait, écrit le professeur Xiaoping Li, il n'y a pas de doute que chaque société a ses rites. Comme le remarque J. Cazeneuve : "si tel ou tel rite particulier ne s'observe qu'ici ou là, le fait général du rite est universel. C'est plutôt une société totalement dépourvue de rituel qui serait... une anomalie" ("Sociologie du rite", P.U.F, Paris 1971)".
"Si, citant L. Vandermeersch (Directeur de l'E.F.E.O.), le rite chinois a une originalité extra-ordinaire, le mot "rite", défini par un Emile Littré au XIXème siècle, est réduit au seul : "ordre des cérémonies qui se pratiquent dans une religion".
"En fait, dit Xiaoping Li en prolongeant l'étonnement justifié de L.Vandermeersch, le confucianisme en a fait l'ordre de toutes les activités qui se poursuivent dans une société. Ceci donne naturellement à la conception chinoise des rites une dimension toute autre que celle à laquelle la réduit la tradition occidentale (du XIXème et parfois des XXème et XXIème siècles).
"Cette autre dimension résulte, dans le contexte reconnu des analyses sinologiques de Vander-meersch, du changement de plan de la construction rituelle transféré du plan religieux au plan social dans son ensemble, de l'élargissement considérable de sa portée étendue à tous les actes de la vie en société et du renforcement remarquable de l'efficacité des mécanismes qu'elle comporte, (lesquels seraint ainsi) beaucoup plus savamment mis en œuvre.
"Cela paraît déjà ainsi chez Couvreur, traducteur en 1913 du Li-ji. Le mot Li, sous la presse de l'Imprimerie de la Mission Catholique, signifie : "rite religieux, cérémonie civile, bienséance, urbanité, politesse, courtoisie, honnêteté, respect, témoignage de respect, égards, convenance, décence, bonnes manières, bonne tenue, bonne conduite, observance, devoir, ordre social, loi sociale, loi morale, usage, coutume, rituel, cérémonial, règle de conduite, règle concernant les relations sociales...
"D'après le Shuo Wen, le dictionnaire chinois le plus ancien, composé par Xu Shen au début du IIIème siècle, Li signifie : "marche ou action, ce qu'on fait pour servir les esprits et obtenir les bienfaits du ciel".
"Le Li, dit Confucius, c'est le moyen de régler les choses. Dans toutes les circonstances de la vie, le sage a une manière certaine de les régler. Le Li ? C'est ce qui met de l'ordre dans ce qu'on fait".
"Le Li, écrit Xiaoping Li citant à nouveau S. Couvreur, est l'ensemble des règles qui servent à gouverner un Etat, à appliquer les règlements administratifs et à faire régner l'ordre dans la société. Le Li est l'étalon de mesure....
L'Etat sans Li ne peut être en paix. Le Li est le plus haut point du bon gouvernement et des distinctions sociales; il est le fondement de la puissance et de la sécurité, le principe de la majesté, l'essentiel de l'honneur.
Le Li c'est servir les parents proches et les parents éloignés, c'est distinguer les choses semblables en apparence, c'est éclairer les doutes, discerner les ressemblances et les différences, c'est reconnaître le vrai et le faux (le juste et l'injuste).
Le Li c'est l'ensemble des règles régissant aussi bien le mouvement des planètes que l'action des hommes. L'homme prend pour modèle les règles éternelles (note 65) du ciel et de la terre.
Le Li est aussi bien l'ensemble des règles applicables aux supérieurs et aux inférieurs que la chaîne et la trame du ciel et de la terre. Aussi les anciens souverains l'ont tenu en grande estime.
Le Li s'étend à toutes les actions, il se conforme aux saisons, aux moyens et aux occupations de chacun, il sert au développement de ses vertus naturelles".

"Le Li, selon le dictionnaire "Shuo Wen" de Xu Sheng est l'ensemble des règles qu'il convient de suivre pour tous les actes et dans toutes les circonstances de la vie.
Les conduites du comportement rituel sont les unes directes et les autres détournées.
Les conduites directes sont celles où les sentiments naturels eux-mêmes peuvent s'accorder aux valeurs rituelles.
Les conduites détournées sont celles où c'est en forçant les sentiments naturels que s'obtient la conformité aux valeurs rituelles. Mais que ce soit directement ou par détournement, il faut s'en remettre aux valeurs rituelles.
Le Li est l'ensemble des règles que chaque individu doit toujours suivre dans toutes ses démarches s'il veut mériter le nom d'homme; il est "l'esprit des pratiques du Peuple", autrement dit, ce que chacun, quel qu'il soit, doit mettre en pratique dans toute démarche. D'où vient que les rites sont aussi appelés démarche conforme". (Il est intéressant ici de comparer ce propos vieux de 17 siècles à celui du Pr. Carbonnier sur l'étude des réactions psychologiques de l'homme aux règles du droit, introduction-III).
"Le Li est aussi le moyen de gouverner l'Etat. Le Li est représenté comme les lois fondamentales de l'Etat.
Etant : "des règles qui servent à gouverner, à appliquer les règlements administratifs et à faire régner l'ordre dans la société", le Li joue un rôle immense dans la mentalité chinoise ancienne.
En tant que moyen de gouvernement, selon le confucianisme, le Li sert à éduquer et à endiguer le peuple, à lui faire savoir ce qu'il doit faire et ce qu'il doit éviter de faire, de le rendre obéissant aux autorités. D'autre part il a pour mission de retenir le prince dans le droit chemin et de limiter son arbitraire.
Chaque individu, de l'empereur jusqu'au dernier homme du peuple, doit se comporter d'une manière appropriée à sa situation sociale par l'observation du Li, qui dicte à chacun les gestes et les paroles qu'il doit avoir, les actes qu'il doit accomplir. Ceci est la théorie confucéenne du : "gouvernement par le Li."
"Le Li, en Chine ancienne constitue une sorte de substitut à la religion pour régler les conduites des hommes et pour maintenir l'unité de la société. Les confuicianistes n'étaient pas de grands croyants. La morale et la raison leur semblaient bien suffisantes. Soucieux de donner une base solide au Li, ils n'avaient, à aucun moment, songé à la religion.
En effet, pour le confiucianiste le Li est le symbole et la manifestation de l'ordre cosmique (ce que n'est pas un bouddhisme mahayana).
La spéculation rituelle conduit à dégager les principes de l'organisation du monde et les règles de conduite humaine (fonction institutionnalisée des rites shinto-bouddhistes, pivôts d'une "religion nationale").
Tout cela est polarisé dans le sens de l'ordre de l'univers. L'idée fondamentale confucéenne est qu'il existe un ordre cosmique, comportant une intéraction réciproque entre le ciel, la terre et les hommes. (Les bouddhismes d'Etat chinois, tibétain, coréen, japonais, entreprendront l'institutionalisation paradoxale de la dogmatique de la vacuité et de l'impermanence par la nullité du principe d'autonomie de la volonté, du jugement personnel et la nullité du droit des personnes. Anne Bouchy insistera sur la séparation des maîtres Fugeki du Shugendô au Japon et des institutions bouddhistes traditionnelles).
"La valeur rituelle est la norme céleste, le sens des choses terrestres, la moralité humaine.
"Les rites sont le sens de l'univers, ce qui est la trame et la chaîne du ciel et de la Terre.
Les rituels confucéens sont "la norme canonique du Ciel, sens des choses sur la terre, esprit des pratiques du Peuple".
Né dans une société constituée, l'homme est mis sous leur coupe dès sa plus tendre enfance. L'éducation qu'il reçoit, l'atmosphère dans laquelle il vit, pense et agit, tout porte leur empreinte : "on passa toute sa jeunesse à les apprendre, toute sa vie à les pratiquer. Les Lettrés les enseignèrent, les magistrats les prêchèrent".
Montesquieu nous a souligné quelles sont les choses qui "ont pu aisément graver les rites dans le cœur et l'esprit des Chinois" ("L'esprit des Lois", Livre XIX, chap. 17).
"De fait, pour la majorité des gens, les actes et les paroles considérées comme convenables viennent plus souvent d'une manière automatique, et l'homme se plie au plat conformisme sans s'en rendre compte. Pour ceux qui hésitent ou qui regimbent, le Li dispose de la contrainte morale de l'opinion et aussi de la force de coercition des pouvoirs publics pour les décider ou les mater.
"Sortir du Li, entrer dans les chatîments". Littéralement, quand on a perdu le sens du Li, on tombe sous l'emprise des châtiments note 4 ; "l'on se rapproche des prisons, dit Bouddha, quand l'on a rejeté la Loi des Causes et des Effets".
"Un tel Postulat, dit Xiaoping Li, est formulé dans la préface du Code des Tang (645 apr.J.C.) comme un principe juridique (pilier de l'œuvre administrative et religieuse du Prince Shôtoku au VIIème siècle).
"Ainsi l'individu vivant dans la société est obligé de respecter le Li en dépit des sentiments profonds qu'il pourrait avoir. Il est constamment obligé de se surveiller, de modérer ses sentiments ou du moins les manifestations extérieures de ceux-ci. Consciemment ou inconsciemment, il doit se plier à un moule standardisé. Parce qu'il s'impose aux individus et leur dicte ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter de faire, le Li entendu dans le sens de coutumes, revêt la forme d'une loi et joue un rôle parallèle aux lois. Le rapport de ces deux sortes de règles des conduites, deux "moyens de gouvernement", peut être examiner sous divers angles".
"En ce qui concerne leur efficacité respective, nous pouvons remarquer que la loi est précise, impersonnelle. Elle s'appuie sur la contrainte des pouvoirs publics et dispose de la force politique de la société (principes républicains modernes).
Le Li par contre est moins précis. Sa codification, même si elle existe, ne peut être bien poussée. Il ne s'applique pas uniformément à tous comme la loi"
"C'est dans chaque cas, l'appréciation subjective de la situation qui détermine ce qu'on doit faire, dit Xiaoping Li.
Enfin dans la majorité des cas, le Li ne peut s'appuyer que sur la contrainte morale de la société. Ainsi, il est à certains égards moins efficace que la loi. Mais la loi ne peut tout prévoir. Quoi qu'on fasse, il reste toujours une tranche de la vie sociale qui échappe à toute réglementation précise. Là ou la loi ne peut aller, le Li va.
Celui-ci d'ailleurs façonne la mentalité du peuple et détermine les moeurs. Il a de ce fait, une certaine influence sur la manière dont s'applique la loi. On ne saurait trop insister sur l'importance des moeurs politiques. Ce sont ces moeurs politiques qui, plus que la loi, caractérisent les institutions d'un pays. En ce sens, le Li, par la détermination des moeurs populaires et des gouvernements a plus d'influence que la loi.
Ainsi, les grands personnages de l'Etat chargés de rédiger et d'appliquer les lois étaient pour la plupart formés à l'école du Li. Ils tendaient naturellement à se référer, dans le travail législatif comme des actes judiciaires, aux préceptes Li en tant que principes du droit supérieurs aux codes promulgués. Cette prédominance du Li a duré pendant plus de deux millénaires."

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